L'expédition
Ultima Patagonia commence enfin à trouver sa vitesse de croisière,
si j'ose dire
Il ne nous a pas fallus longtemps, devant ces karts
sublimes, pour oublier les avaries du bateau et les retards. Les vagues
du golfe de Penias ne sont plus que des souvenirs
Et même
la halte à Puerto Aysen, le seul poste habité des archipels
avec la mine de Guarello, parait loin. Bref le 28 janvier, une fois le
"Puerto Natales I" encré dans une baie minuscule au pied des sommets
calcaires culminants à près de 800 m, une première
attaque en règle a été lancée sur divers objectifs,
révélant notamment que le point le plus intéressant
est le fjord étroit menant à une ancienne vallée
glaciaire, occupée par du grès, qui sépare deux karts
impressionnants, avec des formes d'érosion spectaculaires.
Après
une semaine d'efforts acharnés, malgré une météo
parfois très mauvaise, et de nouvelles avaries du bateau (une
fissure dans la coque oblige à actionner la pompe de cale trop
souvent avec un niveau sonore incompatible avec les envies de sommeil
de l'équipe) qui nous ont obligés à revenir nous
amarrer au ponton de Guarello, les résultats sont prometteurs.
Deux résurgences, au débit très variable, ont été
atteintes par escalade et ont livré 800 et 200 m de premières.
Malheureusement des trémies ont freiné les explorateurs
!
Hier, les
résultats ont vraiment commencé à pleuvoir : Enrique
et Al &endash;100 dans un puits vertical qui continu (probablement profond
de 150 m), Pierre Bergeron et Serge Caillault ont continué une
perte qui s'ouvre au contact d'une veine de grés et du calcaire,
à 450 m d'altitude, et malgré l'oubli des spits, se sont
arrêtés en haut d'un puits de 10 m, les cordes épuisées,
profondeur estimée &endash;80 à &endash;100 m. Enfin,
Richard, Yves, Carstens, l'équipe cinéma, votre serviteur
et quelques autres membres de l'expé, ont revu une perte de surface,
qui ressemble étrangement à la perte de l'Avenir dans
un cadre verdoyant idyllique. On a pu descendre le premier ressaut de
10 m, pour observer un départ de méandre dans un magnifique
calcaire, où une rivière de 200l/s s'enfonce dans le noir
Enfin,
le même jour, Michel Phillips a plongé une résurgence
en bord de mer sur 34 m de profondeur et 100 m de long
Et Dominique
a observé deux sites archéologiques, dans des abris sous
roche marins signalés par l'équipe : un foyer d'habitat
avec une couche de 30 cm d'arrêtes de poissons ce qui est une
première pour des Indiens Kanueros, et une grotte où Jérôme
a remarqué une mandibule humaine et quelques os : une sépulture
qui peut être très ancienne. Elle y retourne aujourd'hui,
faire un sondage, et espère trouver des objets usuels ou culturels.
Dans tous les cas, une analyse au carbone 14 du collagène des
os permettra de donner un âge préci.
Pierre
Deconinck récolte des insectes et animaux à foison, y
compris dans les grottes, et même une grenouille à Puerto
Aysen, soit le premier batracien jamais signalé dans les archipels
! Bref les paysages sont sublimes, la météo sévère
réservant des trouées lumineuses étonnantes, et
l'on pardonne beaucoup à la forêt magellanique, impénétrable
et incroyable, parce que les mousses, les lichens, les épiphytes,
les fougères, les fleurs et les champignons, ainsi que les hêtres
de toutes sortes qui la composent sont toujours un sujet d'émerveillement
La spéléologie
des archipels est passionnante, difficile, mais le projet est sans doute
à la hauteur de la Papouasie
Pour
l'expédition Ultima Patagonia,
Luc-Henri Fage