Guarello, 4 Février 2000

 
L'expédition Ultima Patagonia commence enfin à trouver sa vitesse de croisière, si j'ose dire… Il ne nous a pas fallus longtemps, devant ces karts sublimes, pour oublier les avaries du bateau et les retards. Les vagues du golfe de Penias ne sont plus que des souvenirs… Et même la halte à Puerto Aysen, le seul poste habité des archipels avec la mine de Guarello, parait loin. Bref le 28 janvier, une fois le "Puerto Natales I" encré dans une baie minuscule au pied des sommets calcaires culminants à près de 800 m, une première attaque en règle a été lancée sur divers objectifs, révélant notamment que le point le plus intéressant est le fjord étroit menant à une ancienne vallée glaciaire, occupée par du grès, qui sépare deux karts impressionnants, avec des formes d'érosion spectaculaires.

Après une semaine d'efforts acharnés, malgré une météo parfois très mauvaise, et de nouvelles avaries du bateau (une fissure dans la coque oblige à actionner la pompe de cale trop souvent avec un niveau sonore incompatible avec les envies de sommeil de l'équipe) qui nous ont obligés à revenir nous amarrer au ponton de Guarello, les résultats sont prometteurs. Deux résurgences, au débit très variable, ont été atteintes par escalade et ont livré 800 et 200 m de premières. Malheureusement des trémies ont freiné les explorateurs !

Hier, les résultats ont vraiment commencé à pleuvoir : Enrique et Al &endash;100 dans un puits vertical qui continu (probablement profond de 150 m), Pierre Bergeron et Serge Caillault ont continué une perte qui s'ouvre au contact d'une veine de grés et du calcaire, à 450 m d'altitude, et malgré l'oubli des spits, se sont arrêtés en haut d'un puits de 10 m, les cordes épuisées, profondeur estimée &endash;80 à &endash;100 m. Enfin, Richard, Yves, Carstens, l'équipe cinéma, votre serviteur et quelques autres membres de l'expé, ont revu une perte de surface, qui ressemble étrangement à la perte de l'Avenir dans un cadre verdoyant idyllique. On a pu descendre le premier ressaut de 10 m, pour observer un départ de méandre dans un magnifique calcaire, où une rivière de 200l/s s'enfonce dans le noir…

Enfin, le même jour, Michel Phillips a plongé une résurgence en bord de mer sur 34 m de profondeur et 100 m de long… Et Dominique a observé deux sites archéologiques, dans des abris sous roche marins signalés par l'équipe : un foyer d'habitat avec une couche de 30 cm d'arrêtes de poissons ce qui est une première pour des Indiens Kanueros, et une grotte où Jérôme a remarqué une mandibule humaine et quelques os : une sépulture qui peut être très ancienne. Elle y retourne aujourd'hui, faire un sondage, et espère trouver des objets usuels ou culturels. Dans tous les cas, une analyse au carbone 14 du collagène des os permettra de donner un âge préci.

Pierre Deconinck récolte des insectes et animaux à foison, y compris dans les grottes, et même une grenouille à Puerto Aysen, soit le premier batracien jamais signalé dans les archipels ! Bref les paysages sont sublimes, la météo sévère réservant des trouées lumineuses étonnantes, et l'on pardonne beaucoup à la forêt magellanique, impénétrable et incroyable, parce que les mousses, les lichens, les épiphytes, les fougères, les fleurs et les champignons, ainsi que les hêtres de toutes sortes qui la composent sont toujours un sujet d'émerveillement…

La spéléologie des archipels est passionnante, difficile, mais le projet est sans doute à la hauteur de la Papouasie…

Pour l'expédition Ultima Patagonia,
Luc-Henri Fage

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Mise à jour 24/8/99

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