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Il était une fois une terre
entourée d'eau. Une terre au sud du monde,
noyée sous les cinquantièmes hurlants. Une
terre de roches, de mousses et de vent, où il pleut
comme nulle part au monde. Une terre qui n'a jamais vu
d'homme ou presque. Les marins qui l'ont approché
l'ont nommé Madre de Dios.
Cette île hors du temps n'a
rien pour intéresser les hommes. Rien, sauf une
chose, visible sur les phoos aériennes : à
Madre de Dios, les rivières disparaissent sous terre,
dans des gouffres de marbre, que nul n'a jamais
explorés.
C'est justement ce que nous sommes
venus faire : suivre le chemin secret des eaux souterraines,
de la goutte de pluie jusqu'à leur
débouché dans la mer. Nous y avons
découvert une nature préservée et les
plus beaux paysages calcaires du monde.
Ainsi commence l'histoire de
l'expédition Ultima Patagonia, peut-être la
dernière expédition géographique en
terrae incognitae, qui s'est déroulée
en janvier-février 2000, dans l'archipel de Patagonie
chilienne ...
Partie de Puerto Montt à bord
d'un chalutier de 34 m de long, sommairement
aménagé en navire océanographique, la
mission spéléologique est composée,
dans la tradition des grandes expéditions
géographiques du XIXe siècle, d'explorateurs
et de scientifiques, menés sous la férule de
Jean-François Pernette, spéléologue, et
Richard Maire, karstologue, directeur de recherche au
CNRS.
Richard Maire, que tous les
spéléos français appellent
affectueusement le Professeur, considère que la
planète calcaire est son laboratoire. Il a
initié des expéditions en
Nouvelle-Guinée, en Chine, en Sibérie, et sa
dernière idée folle, c'est la
Patagonie.
Là-bas, dans deux îles
inhabitées et inhabitables, se trouverait du
calcaire. Le calcaire le plus austral de la terre,
situé entre 50 et 52 degrés de latitude sud.
Vent violent, pluies interminables,
navigation dangereuse, tout explique que l'île Madre
de Dios, objectif principal de l'expédition, soit
resté presque inexploré. " Pour
découvrir du nouveau, il faut aller aujourd'hui
là où le climat est extrême, où
personne n'est jamais allé... "
Ce karstologue, qui a découvert
la spéléologie au cours de ses études
de géographie, est un insatiable explorateur du monde
souterrain, tout comme ses complices
spéléologues, plongeurs, topographes,
photographes, pour qui rien ne compte plus que " la
première ".
L'autre challenge est humain : si
l'île est aujourd'hui inhabitée, cela n'a
peut-être pas été le cas dans les
périodes précédant l'arrivée des
premiers navigateurs européens, au XVIe
siècle. En effet, dans l'archipel de Patagonie, les
Alakalufs, ont vécu en nomades de la mer depuis 6000
ans, dans des conditions difficilement imaginables
aujourd'hui.
Chasseurs de mammifères marins,
ils se déplaçaient incessamment dans leurs
petits canots d'écorce, malgré des conditions
climatiques extrêmes. Victimes des maladies
européennes, ce peuple survivant de la
préhistoire a été décimé
en quelques dizaines d'années, et aujourd'hui, on
n'en compte plus qu'une poignée, regroupés
à Puerto Eden, au nord de l'archipel.
Dominique Legoupil, archéologue
du CNRS, et spécialiste des nomades de la mer,
espère trouver à Madre de Dios des traces de
passages, d'habitat, voire des sépultures ou des
peintures rupestres de leurs ancêtres, ce qui serait
une première.
Les images d'archives, tirées
notamment d'un film en 16 mm réalisé en 1923
par le père italien De Agostini, montrent le
quotidien émouvant de ces populations
mystérieuses...
Le challenge
spéléologique à Madre de Dios est de
taille. L'île, vaste comme un département
français, est une sorte de montagne immergée
dans la mer, à la géologie complexe.
Pour définir les objectifs, les
géographes utilisent des photos aériennes
récentes, et c'est en zodiac ensuite que les
spéléologues doivent remonter les innombrables
fjords qui échancrent l'île pour trouver le
meilleur accès vers les gouffres et les pertes de
rivières souterraines de surface. Une fois à
terre, la forêt magellanique offre une
résistance étonnante.
Au-delà s'étendent de
grands déserts minéraux, des champs de roche
calcaire (mieux : des marbres) qui sont
déchiquetés, sculptés, taraudés
par une érosion incroyablement rapide, due à
l'intense pluviométrie et... à la violence du
vent.
Pendant quatre semaines, les 25
explorateurs vont aller à la découverte de ces
paysages grandioses, effectuer des relevés
topographiques dans 32 cavités, dont la plus profonde
du Chili, avec 370 m de profondeur, et notamment suivre le
chemin de l'eau, de la goutte de pluie jusqu'à la
résurgence dans la mer, d'un réseau : la Perte
du Temps.
Le plongeur de l'équipe, Michel
Philips, va réussir à remonter une
rivière sous-marine puissante, jusqu'à la
profondeur de -49 m, et explorer les fonds sous-marins d'une
très grande richesse en faune marine.
L'équipe scientifique comprend
également un biologiste qui va récolter des
spécimens de faune cavernicole, c'est-à-dire
d'insectes qui ne vivent que dans les gouffres, et trois
géologues chiliens qui n'auraient jamais eu la
possibilité de se rendre à Madre de Dios sans
l'opportunité de cette mission
scientifique.
Le film suit chacun des personnages
principaux, dans leur quête personnelle, qui se fond
dans l'objectif de l'expédition : découvrir du
nouveau, révéler au monde les beautés
des paysages uniques de Patagonie calcaire, ces " glaciers
de marbre ", qui méritent de figurer au patrimoine
naturel de l'humanité.
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