DIFFUSION DIMANCHE 11 FÉVRIER 2001
FRANCE 2, 15 h 35

Synopsis

Il était une fois une terre entourée d'eau. Une terre au sud du monde, noyée sous les cinquantièmes hurlants. Une terre de roches, de mousses et de vent, où il pleut comme nulle part au monde. Une terre qui n'a jamais vu d'homme ou presque. Les marins qui l'ont approché l'ont nommé Madre de Dios.

Cette île hors du temps n'a rien pour intéresser les hommes. Rien, sauf une chose, visible sur les phoos aériennes : à Madre de Dios, les rivières disparaissent sous terre, dans des gouffres de marbre, que nul n'a jamais explorés.

C'est justement ce que nous sommes venus faire : suivre le chemin secret des eaux souterraines, de la goutte de pluie jusqu'à leur débouché dans la mer. Nous y avons découvert une nature préservée et les plus beaux paysages calcaires du monde.

Ainsi commence l'histoire de l'expédition Ultima Patagonia, peut-être la dernière expédition géographique en terrae incognitae, qui s'est déroulée en janvier-février 2000, dans l'archipel de Patagonie chilienne ...

Partie de Puerto Montt à bord d'un chalutier de 34 m de long, sommairement aménagé en navire océanographique, la mission spéléologique est composée, dans la tradition des grandes expéditions géographiques du XIXe siècle, d'explorateurs et de scientifiques, menés sous la férule de Jean-François Pernette, spéléologue, et Richard Maire, karstologue, directeur de recherche au CNRS.

Richard Maire, que tous les spéléos français appellent affectueusement le Professeur, considère que la planète calcaire est son laboratoire. Il a initié des expéditions en Nouvelle-Guinée, en Chine, en Sibérie, et sa dernière idée folle, c'est la Patagonie.

Là-bas, dans deux îles inhabitées et inhabitables, se trouverait du calcaire. Le calcaire le plus austral de la terre, situé entre 50 et 52 degrés de latitude sud.

Vent violent, pluies interminables, navigation dangereuse, tout explique que l'île Madre de Dios, objectif principal de l'expédition, soit resté presque inexploré. " Pour découvrir du nouveau, il faut aller aujourd'hui là où le climat est extrême, où personne n'est jamais allé... "

Ce karstologue, qui a découvert la spéléologie au cours de ses études de géographie, est un insatiable explorateur du monde souterrain, tout comme ses complices spéléologues, plongeurs, topographes, photographes, pour qui rien ne compte plus que " la première ".

L'autre challenge est humain : si l'île est aujourd'hui inhabitée, cela n'a peut-être pas été le cas dans les périodes précédant l'arrivée des premiers navigateurs européens, au XVIe siècle. En effet, dans l'archipel de Patagonie, les Alakalufs, ont vécu en nomades de la mer depuis 6000 ans, dans des conditions difficilement imaginables aujourd'hui.

Chasseurs de mammifères marins, ils se déplaçaient incessamment dans leurs petits canots d'écorce, malgré des conditions climatiques extrêmes. Victimes des maladies européennes, ce peuple survivant de la préhistoire a été décimé en quelques dizaines d'années, et aujourd'hui, on n'en compte plus qu'une poignée, regroupés à Puerto Eden, au nord de l'archipel.

Dominique Legoupil, archéologue du CNRS, et spécialiste des nomades de la mer, espère trouver à Madre de Dios des traces de passages, d'habitat, voire des sépultures ou des peintures rupestres de leurs ancêtres, ce qui serait une première.

Les images d'archives, tirées notamment d'un film en 16 mm réalisé en 1923 par le père italien De Agostini, montrent le quotidien émouvant de ces populations mystérieuses...

Le challenge spéléologique à Madre de Dios est de taille. L'île, vaste comme un département français, est une sorte de montagne immergée dans la mer, à la géologie complexe.

Pour définir les objectifs, les géographes utilisent des photos aériennes récentes, et c'est en zodiac ensuite que les spéléologues doivent remonter les innombrables fjords qui échancrent l'île pour trouver le meilleur accès vers les gouffres et les pertes de rivières souterraines de surface. Une fois à terre, la forêt magellanique offre une résistance étonnante.

Au-delà s'étendent de grands déserts minéraux, des champs de roche calcaire (mieux : des marbres) qui sont déchiquetés, sculptés, taraudés par une érosion incroyablement rapide, due à l'intense pluviométrie et... à la violence du vent.

Pendant quatre semaines, les 25 explorateurs vont aller à la découverte de ces paysages grandioses, effectuer des relevés topographiques dans 32 cavités, dont la plus profonde du Chili, avec 370 m de profondeur, et notamment suivre le chemin de l'eau, de la goutte de pluie jusqu'à la résurgence dans la mer, d'un réseau : la Perte du Temps.

Le plongeur de l'équipe, Michel Philips, va réussir à remonter une rivière sous-marine puissante, jusqu'à la profondeur de -49 m, et explorer les fonds sous-marins d'une très grande richesse en faune marine.

L'équipe scientifique comprend également un biologiste qui va récolter des spécimens de faune cavernicole, c'est-à-dire d'insectes qui ne vivent que dans les gouffres, et trois géologues chiliens qui n'auraient jamais eu la possibilité de se rendre à Madre de Dios sans l'opportunité de cette mission scientifique.

Le film suit chacun des personnages principaux, dans leur quête personnelle, qui se fond dans l'objectif de l'expédition : découvrir du nouveau, révéler au monde les beautés des paysages uniques de Patagonie calcaire, ces " glaciers de marbre ", qui méritent de figurer au patrimoine naturel de l'humanité.

Expédition spéléologique française en Patagonie Chilienne

Mise à jour 2/2/2001
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