Ultima Patagonia 2000

 

Reconnaissance biologique

Pierre Deconinck

Nous avions deux objectifs principaux en biologie : dresser un inventaire de la faune et étudier sa répartition, ses lieux de vie (biotopes) et ses origines (antarctique ou Amérique du sud). Un intérêt particulier a été porté à la faune des cavernes car aucune espèce n'est connue à ce jour dans ces îles isolées et non explorées. Nous avons trouvé une grande variété d'espèces, mais jamais en abondance en raison de l'hostilité du milieu (pluies et vent). Une fois de plus, la nature montre ses grandes possibilités d'adaptation.

Méthode

Nous avons récolté des espèces dans une grande variété de milieu : cavité, rivière, lac, tourbière, mousse, forêt, sous les pierres, dans le sable, dans le bois. Le milieu marin, relativement connu, n'a pas été prospecté par manque de temps. Nous avons trouvé la faune à vue, ou en posant des appâts, ou en prélevant de la terre ou du sable pour les faire sécher et trier ensuite. Dans un premier temps, l'ensemble des récoltes sera trié par famille (voire genre et espèce) puis distribué pour détermination à des spécialistes du Muséum de Paris, Turin, Genève et de l'Université de Paris 6 (Jussieu), Bordeaux, Lyon. Cette étude de systématique prend du temps ; en effet, quand une famille compte 1000 espèces, il faut pouvoir disposer d'information sur les 1000 pour déterminer l'espèce en question, surtout si celle-ci est nouvelle.

Résultats en milieu souterrain

Les arachnides sont les seuls animaux trouvés sous terre. Ces araignées observées dans le milieu souterrain sont de très petite taille, de l'ordre du millimètre. Leur détermination par des spécialistes permettra de dire s'il s'agit d'un vrai cavernicole (dépigmentation, perte des yeux (critère important)…). Un nombre important de fil d'araignées en tout sens est peut être un signe d'habitat, le début de la colonisation. Ils peuvent leur servir à la récolte de nourriture ou pour se déplacer ? Ces éléments renforcent l'espoir d'avoir à faire à des cavernicoles. Il pourrait aussi s'agir d'hôtes occasionnels entraînés sous terre par accident : crues. On peut aussi découvrir qu'ils sont en cours d'adaptation au milieu (les yeux pas totalement disparus). A suivre…

Le peu d'espèce souterraine n'est pas lié à l'absence de milieux propices tels que : argile, sable, eau, terre, bois. Plusieurs hypothèses sont proposées à cette déficience :

  • Dernière glaciation récente (15000 à 12000 ans) qui n'a pas laissé assez de temps pour coloniser ce milieu.
  • Cavités très actives, crues qui emportent tout, vie souterraine impossible.
  • Faible densité de faune à l'extérieur ne favorisant pas leur venue sous terre. En effet, la faune souterraine trouve en général ses origines dans la faune extérieure.

Résultats en milieu extérieur

Les milieux les plus fertiles se situent dans ou à proximité de l'eau. En effet les conditions climatiques obligent la faune à se protéger : on la trouve ; araignées, myriapode (mille pattes), insectes (coléoptères…), crustacés (cloportes)…) réfugiée sous les pierres, dans la mousse, dans la terre, dans l'eau des tourbières et des lacs. Les arachnides, araignées, acariens, opilions, peuplent largement le milieu extérieur.

Nous avons pu observer deux libellules (bleue, verte et noire), mais aussi des poissons en rivière, des grenouilles, des sangsues, de nombreuses espèces d'oiseaux (canards, oies, rapace, mouette, colibri, pic vert, etc.), des rats et des traces de rongeurs. Il n'existe pas de grands mammifères : vigogne, ours, lapin, renard, loup, puma.

Les escales forcées du bateau ont fait le bonheur de la biologie. Cela permet d'avoir une aire de récolte plus large et de mieux comprendre la répartition géographique.


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