Bilan médical
Docteurs Jacques Durand et Yves Prunier L'expédition " Ultima Patagonia " s'est bien déroulée sur le plan médical. En effet si l'on considère le nombre important de participants, soit 34 personnes dont 9 membres d'équipage, et les conditions extrêmes des archipels, nous n'avons pas eu à déplorer de pathologies graves. Il faut une fois de plus souligner l'extrême prudence de la population spéléo d'exploration. En proportion le nombre de soins dispensés est plus important pour des pathologies liées au mode de vie sur une embarcation où l'activité à été intense. En effet nous étions souvent occupés à bord par des travaux inhérents à la manipulation de notre matériel d'expédition. Ainsi, le chargement, le déchargement, le conditionnement de nos différents matériels à été source de coupures sur les mains (parfois avec sutures), de lésions de rappage sur les membres. Dans les mêmes conditions, nous avons été amenés à pratiquer des soins de cette nature sur une partie de l'équipage (mécaniciens, capitaine).
Organisation
- L'équipe médicale, composée de deux médecins, a installé l'infirmerie dans sa propre cabine. Nous disposions :
- D'un sac médical de montagne permettant de réaliser des soins de toutes natures à l'exception d'une réanimation cardio-respiratoire longue.
- D'une trousse de pharmacie de soins courants, en conditionnement fixe.
- De deux petites trousses de soins que l'on répartissait dans les équipes d'exploration (camp avancé et/ou dans les embarcations pneumatiques).
- D'une civière du Spéléo Secours Français mise à la disposition des grandes expéditions, plus un ensemble d'attelles d'immobilisation (Ked, Gonflables).
Grâce aux moyens de radiocommunication, une alerte pouvait être transmise dans de bonnes condition. Le plus souvent, la faible gravité des accidents a permis de différer les soins de quelques heures.
Activité médicale générale
- Nous avons répertorié 50 actes médicaux avec une grande diversité de causes, ce qui traduit une parfaite activité de "médecine générale". Contrairement à ce que l'on pourrait croire la traumatologie n'a pas été la seule de nos occupations. Paradoxalement, l'activité médicale à été monopolisée à terre au début de l'expédition. En effet, l'épidémie de grippe française à poursuivi son oeuvre d'abord sur les membres de la pré-expédition (7 personnes), puis sur le bateau, avec 24 à 48 heures d'alitement. Au total près de 60 % des spéléologues ont subi 24 à 48 heures de fort symptômes grippaux, nécessitant des traitement symptomatiques. D'autres pathologies infectieuses sont à signaler : bronchite, laryngite, otite, dermite axillaire. Signalons quelques troubles digestifs : deux intoxications alimentaires à bord de l'avion d'Air France et deux gastro-entérites (fruits de mer ?).
Le mal de mer a été traité sur une grande majorité des personnes, équipage compris. On peut souligner la grande importance psychologique du phénomène, ce qui a permis à certain l'abstention de tout traitement. A l'opposé, certains se sont couchés durant toute la traversée du golfe de Peñas . Néanmoins, la médication anti-naupathique (contre le mal de mer) fût largement distribuée. L'utilisation de ces médicaments restait libre. Nous disposions en général de deux alternatives médicamenteuses : des dispositifs trans-dermiques à efficacité prolongée sur plusieurs jours, une médication orale dont l'efficacité optimale est d'une journée.
En traumatologie, il faut souligner les multiples petites plaies des mains et membres inférieurs liées à toutes activités, mais pas forcement sur le terrain : tendinites, déchirures musculaires, brûlures (cordage, eau chaude. En dehors du traitement propre, le problème était de faire comprendre aux blessés qu'il était nécessaire de réduire l'activité pour permettre une cicatrisation rapide et de bonne qualité. Mais il est difficile de faire tenir tranquille une personne passionnée dans de telles circonstances. Des souffrances auditives et des troubles du sommeil liés à l'inconfort du bateau (moteurs) se sont autogérés sans l'aide d'aucune thérapie, chacun prenant sur soi. Cependant, malgré l'inconfort de notre vie a bord, en raison de la promiscuité et des nuisances sonores permanentes, nous n'avons pas déploré de désordre de nature psychologique.
Accidents en exploration
- En exploration, nous avons eu seulement à regretter deux accidents de gravité moyenne : une brûlure de pied et une contusion traumatique de pied et trois accidents de gravité légère : deux coupures et une élongation musculaire de l'épaule.
La brûlure est survenue au camp avancé de l'expédition, suite au renversement d'eau bouillante vers 23 heures sur un pied seulement habillé de tongs. Cette brûlure du deuxième degré a concerné 3 % de surface corporelle. Devant l'absence de complication infectieuse, l'évacuation du camp n'a pas été immédiate.
La contusion traumatique d'un pied est survenue sous terre lors d'une exploration (Perte du Temps). Un bloc instable s'est détaché d'une prise. Le spéléo à pu sortir par ses propres moyens. L'évacuation vers le bateau au mouillage à été immédiate pour éviter les complications oedémateuses tardives. La descente s'est donc faite sans brancardage, le blessé descendant à son rythme, soit pendant 5 heures au lieu de 2 heures. Les suites de soins ont consisté en une simple limitation de l'activité avec la possibilité de médications orales symptomatiques.
Etude psychologique sur l'adaptation en milieu extrême
- Cette étude a été menée à bien par 10 personnes, ce qui est bien étant donné les difficultés de trouver un endroit calme sur le bateau pour répondre à des tests de cet ordre. Les tests ont été communiqués à L'INSERM pour étude. Cela va durer jusqu'à la fin de l'été et nous souhaitons tirer des conclusions intéressantes pour les spéléologues. Un test spécifique à la spéléo sportive est déjà en cours de conception.
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