Bilan des explorations en plongée
Michel Philips Bien que l'expédition ait concentré l'essentiel de ses efforts sur la découverte géographique et sur la recherche et l'exploration de cavités à l'intérieur du massif, plusieurs plongées souterraines ont permis d'explorer des résurgences noyées situées au niveau de la mer.
Le siphon Lobos
Ce siphon a été découvert le 31/01/2000 par une équipe partie en Zodiac à la recherche de porches en bord de mer. La résurgence est signalée de façon évidente par une sortie d'eau douce débouchant par une importante rivière dans l'anse située à l'ouest au fond du "seno" Eleuterio. Le jour de la découverte Richard Maire et Jérôme Tainguy mesurent un débit de plusieurs mètres cubes d'une eau fortement colorée par des particules humiques. L'essentiel du débit sort au fond même du lit de la rivière. Un peu plus haut dans le talweg, ils découvrent une colonie d'otaries au fond de la petite grotte qui sert de trop plein de crue. La rencontre de ces animaux nous donne un nom tout trouvé pour le siphon.Le 03/02/2000, une équipe remonte à nouveau le seno Eleuterio. Il faut toute la puissance du hors bord pour remonter le courant et amarrer le Zodiac au milieu de la rivière. Michel Philips est le plongeur de pointe du jour, le débit est aussi fort que lors de la découverte, mais en passant par la plus grosse entrée, dans le lit de la rivière et en s'accrochant au fond, le passage est pénétrable. L'utilisation de cette entrée permet aussi de ne pas aller déranger les otaries dans leur grotte car ces sympathiques pinnipèdes sont parfois agressifs lorsqu'il s'agit de défendre leur petits. Le départ est une diaclase inclinée de moins d'un mètre de large et encombrée de gros bloc. Au bout d'une vingtaine de mètres, à la profondeur de 6 m, la diaclase s'élargit un peu et le courant devient maîtrisable. La progression continue en pente douce au dessus du fond de la galerie et des gros blocs qui la jonchent. L'exploration se termine en fin de fil d'ariane au bout de 95 mètres à 39 m de profondeur dans une galerie de 3 m de large pour 6 de haut. Cette fin du touret tombe à point car pour aujourd'hui nous nous étions donné -40 m comme limite de profondeur compte tenu du matériel emporté et de l'eau à 6 °C. La galerie continue presque à plat, droit dans la direction 350° (comme tout le parcours précédent), c'est à dire droit vers la perte du lac supérieur.
Deux jours plus tard Javier Lussareta retourne dans le siphon dans le but de reconnaître la partie équipée et de poursuivre l'exploration en se limitant à 45 m de profondeur. Le courant a beaucoup diminué, il faut dire que la météo de la veille été particulièrement peu pluvieuse pour la région. Le temps de transfert du réseau est manifestement très court. Cela nous confirme dans notre idée, nous somme très probablement dans la résurgence de la perte située au dessus. Cette perte au bord d'un grand lac est visible sur les photos aériennes elle est située à 2 ou 3 km de la résurgence. Javier rejoint sans difficultés le terminus et accroche son fil pour continuer. Malheureusement au bout d'une vingtaine de mètres un cran de descente porte la profondeur au delà des 45 m prévus et la galerie semble partir en profondeur. Il rebrousse chemin un peu dépité en ayant posé une quinzaine de mètres de fil.
La plongée suivante ne sera entreprise que deux semaines plus tard. Entre temps, nous avons parcouru des kilomètres à la surface et sous la terre à l'intérieur du massif. Le 19/02/2000, une équipe plongée, film et photo retourne au fond du "seno". Le temps est magnifique, grand soleil et surtout absence totale de vent, des conditions que l'on rencontre ici moins d'une fois par an en moyenne. L'étiage est lui aussi exceptionnel, et combiné avec la marée basse, il rend difficile l'accès à la rivière du siphon encombrée de troncs submergés. Aujourd'hui j'ai pris plus de matériel que les deux dernières fois : relais de progression, oxygène pour les paliers et surtout gilet chauffant. Je m'enfonce dans la diaclase sans problème, le courant est devenu raisonnable. A 115 m, je retrouve le terminus de Javier, quelque mètres plus loin après un cran de descente et une légère remontée, à 44 m de profondeur et 145 m de l'entrée, la galerie change subitement de section. Le passage est sous une voûte basse de 1m de haut pour 2 m de large. Derrière, ça continue presque à l'horizontale pour arriver au point bas à -49 m et 160 m de l'entrée. De cet endroit part une galerie inférieure avec un courant qui se dirige vers la sortie. Il doit s'agir d'un des boyaux inférieurs visibles dans le lit de la rivière et dans la diaclase d'entrée. La galerie continue à l'horizontale et bute presque aussitôt sur un paroi. La suite est en haut, en revenant un peu en arrière. Une remontée à la verticale entre de gros bloc qui forment un passage étroit débouche au dessus de cette trémie dans une vaste salle à 34 m de profondeur et 200 m de l'entrée. Le puits remontant continue vers le haut, mais il est temps de couper le fil et de penser au retour. Au palier je retrouve avec plaisir l'accu du gilet chauffant, en effet le bouchon du "peniflow" s'est cassé et j'ai donc les jambes de la combinaison pleines d'eau glacée. Malgré cela, nous passons 20 minutes a faire des photos avec Carsten puis encore autant avec Jeff pour filmer quelques plans. Le soir même, de retour au bateau, nous apprenons qu'en raison des ennuis mécaniques que nous subissons depuis plusieurs jours, il nous faut rentrer plus tôt que prévu vers Puerto Natales. L'expédition est terminée, le mystère de la suite du siphon Lobos durera donc encore.
Le siphon Eleuterio
Peu après la découverte du siphon Lobos, Alan Warild a repéré une autre sortie d'eau importante dans la branche Est du seno Eleuterio. Une source se jette dans une rivière juste au niveau de l'embouchure de cette dernière dans le fond du seno. Plusieurs passages immergés et émergés constituent autant de fenêtres qui permettent de traverser une paroi de calcaire décollée de la falaise. Derrière se cache une petite salle dans laquelle débouche un beau siphon aux eaux claires.Là encore, nos prospections sur le massif ne nous ont pas permis de revenir sur le site avant le 19/02/2000. Mais ce jour là, au retour de la plongée du siphon Lobos, pressentant la fin du séjour, nous décidons d'aller voir au moins le début de ce siphon d'aspect si sympathique. C'est Alan qui à le plaisir d'y aller. Nous l'attendons sur le bord du plan d'eau. A son retour, au bout de 20 minutes, il nous confirme ce que nous pressentions déjà. Ca continue et c'est gros, il a parcouru 85 m avec un point bas à -13 m et s'est arrêté dans une belle galerie de 2 m sur 3 m qui continue. Mais ce sera tout pour aujourd'hui et pour l'expédition.
Les autres siphons du massif
L'exploration de cavités à l'intérieur de l'île Madre de Dios nous a permis de découvrir plusieurs autres siphons intéressants. Malheureusement aucun n'a pu être plongé faute de temps et en raison de la logistique qui aurait été nécessaire pour amener le matériel depuis la côte. Le gouffre de la perte N°4 du mont Roberto se termine à -370 sur un siphon qui semble tout à fait franchissable. La perte du Temps possède plusieurs siphons, certains ont été shuntés par des galeries fossile, d'autres sont vraiment dangereux (pertes vers l'aval avec un courant violent) mais d'autres attendent leur premier plongeur.Conclusion
Compte tenu de nos contraintes et de nos problèmes de logistique nous n'avons fait qu'effleurer la partie plongée souterraine de l'exploration de Madre de Dios, mais il est désormais établi que de nombreux siphons y attendent leurs explorateurs.
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