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Le projet 2006

Des nouvelles de l’expédition

 

 

 

 

 

 

Communiqué de presse

Les spéléologues retrouvent les traces d’un peuple disparu dans l’archipel de Patagonie…


Depuis trois semaines, l’expédition Ultima Patagonia 2006 en Patagonie explore l’île de Madre de Dios, située dans l’archipel de Patagonie, sous les 50e hurlants. Elle vient de réaliser une très importante découverte archéologique : la première grotte ornée des Archipels.

22 janvier 2006, le temps semble assez bon pour se permettre une sortie sur l’océan Pacifique en zodiac, avec l’idée de relier la grotte de la Baleine. Dès le départ, le temps change et quand on débouche sur l’océan, le vent devient très violent.
Bernard Tourte, leader de l’expédition, décide de se rabattre sur l’objectif de rechange, le grand porche d’une grotte visitée en l’an 2000, dans le fjord non loin de l’océan, mais protégée de la plus grosse houle.
Richard Maire, responsable scientifique de l’expédition, espère y trouver des stalagmites. L’étude en laboratoire de ces concrétions permet de remonter dans le temps et d’étudier les variations du climat depuis le dernier âge glaciaire
Une partie de l’équipe décide alors de remonter le bord du seno (ou fjord), en escaladant le pied de la falaise, vers l’océan. Ils explorent une série de petites grottes, sans intérêt, puis tombent en arrêt dans une grotte devant une découverte incroyable : des peintures à l’ocre rouge !

Nous les rejoignons en fin de journée et Luc-Henri peut alors prendre quelques photos et faire les premières observations. Le sol est quasiment plat, à 3 m environ au-dessus du niveau de la mer. Une petite source qui sort de la roche sépare la cavité en deux parties. Au sud, elle est fermée par une paroi et forme une partie “secrète”, non-obscure, mais protégée des plus forts vents et des pluies.

Ce qui est remarquable, c’est que le sol est couvert par un gros amas de coquilles (patelles, moules) et des ossements de mammifères marins, tout reste de festins que nous attribuons aussitôt aux Alakalufes. Cette grotte préhistorique face au Pacifique est la première preuve que ces nomades marins allaient s’aventurer sur l’océan...

Au centre, un monticule noir signale l’emplacement du foyer. Les charbons de bois abondent.
Les parois autour de l’amas coquiller sont couvertes de peintures, rouges, et de dessins au charbon de bois.

L’intérêt archéologique de cette grotte est exceptionnel :
- Le site d’habitat pourra fournir, dès que des fouilles y seront menées par des archéologues, des informations précieuses sur ce peuple de chasseurs nomades marins, les Alakalufes, dont on ne sait presque rien et qui ont quasiment disparu aujourd’hui.
- C’est la première grotte avec des peintures rupestres pour l’archipel de Patagonie, soit 1500 îles situées entre le golfe des Peines et le cap Horn, soit 2000 Km de labyrinthe de canaux et d’îles montagneuses inhospitalières, où règne un des pires climats de la terre.

L’expédition spéléologique de 2000 avait déjà découvert deux sites archéologiques intéressants à Madre de Dios, étudiés par l’archéologue de l’expédition, Dominique Legoupil (CNRS France), spécialiste des Indiens Alakalufes depuis 20 ans. Les deux grottes funéraires découvertes avaient fourni des âges de 550 et 4500 ans, démontrant ainsi l’évidence d’une occupation humaine très ancienne dans une île aussi isolée des archipels.

Mais jusque-là, aucun archéologue n’avait pu trouver un amas coquiller, le vestige typique des lieux de campement alakalufs, qui soit autant protégé que dans une grotte. Restée à l’abri des perturbations, cette grotte pourra fournir, par l’étude des couches d’habitations successives, des informations sur son occupation. Probablement, elle a servi durant des centaines d’années pour des séjours de courtes durées, le temps de chasser le loup de mer, dont les naissances se font sur des rochers au large le temps de la naissance.

Malgré un temps de chien, une tempête avec des pointes à 110 Km/h (anémomètre), nous avons installé un camp durant trois jours la semaine dernière. Le débarquement depuis les zodiacs, le portage le long de la côte, et la tente dôme effondrée durant la première nuit par la tempête, puis son sauvetage et sa réinstallation, brinquebalante, dans le porche, furent toute une aventure...

Mais cela nous a permis de réaliser les premières études, en l’absence d’un archéologue à demeure dans l’équipe.

Premièrement, nous avons délimité un cheminement dans la cavité, pour éviter de piétiner la partie archéologique très riche en surface.

Puis Stéphane Jaillet (karstologue au CNRS, université de Savoie, membre de l’équipe scientifique de la Grotte Chauvet) a pu lever une topographie précise de la surface, au 1/50°, positionnant les vestiges archéologiques et notant les informations karstologiques, ainsi que des sections de la galerie. Des mesures en 3D ont été faites et sont en court de traitement pour restituer le volume de la cavité.

Enfin Luc-Henri Fage a pu observer durant deux jours, mesurer et enregistrer sur des photos numériques haute résolution toutes les peintures et les dessins.

Voici les premières conclusions, qui devront être revues par un archéologue si on peut en faire venir un, ne serait-ce qu’une heure :
- 45 objets représentés, 29 à la peinture ocre, 16 au charbon de bois.
- Les peintures se situent “en hauteur” (de 50 cm à 3 m du sol), tandis que les charbons de bois se situent plutôt sous la cote 70 cm.
- Le motif le plus récurrent est les anthropomorphes (11).
- Il n’y a pas de mains en négatif, comme cela est fréquent dans les grottes ornées du continent sud-américain.
- Comme souvent dans les grottes ornées, ils ont utilisé une forme naturelle en saillie dans la paroi pour la transformer en animal avec quelques coups de peinture (en l’occurrence, un mammifère marin)
- Certains motifs à l’ocre présentent une diffusion de la couleur à quelques centimètres de la peinture originale. Il semblerait qu’ils aient peint à une époque humide, comme le troisième jour de notre présence, où la roche était luisante d’humidité.

L’âge de ces peintures reste évidemment une question sans réponse évidente en attendant les datations éventuelles.
Ce qu’on peut dire c’est que l’altitude de l’entrée (point bas de la grotte) se situe 2,50 m au-dessus des plus fortes marées. Ce point n’autorise pas un âge très grand des peintures, du moins supérieur à 5000-6000 ans (à cette époque, la mer était 3 m plus haut et devait occuper le fond de la grotte).

Cependant, l’analyse de certaines concrétions qui ont recouvert des fragments de peintures autorise à penser que les peintures ont plus de quelques centaines d’années. La fourchette est large, de 4000 à 500 ans...

A noter aussi que le sol des coquilles, délavé par endroits par des ruissellements, est solidifié par une couche de calcite assez épaisse...

L’épaisseur apparente de l’amas coquiller peut être de l’ordre du mètre, comme on peut en juger dans les 11 trous (environ 0,50 de côté et autant de profondeur) fait dans l’amas coquiller à une période qui reste à préciser (il est possible qu’ils aient servi à assécher la surface du sol en drainant l’eau de ruissellement). On peut donc imaginer, avant que des fouilles ne le prouvent, que cet endroit a servi régulièrement, peut-être chaque année, durant des centaines d’années, aux chasseurs venus s’aventurer en pleine mer, dans leurs petits canots d’écorce, et qui ont attendu un jour de beau temps pour prendre la mer... La rencontre, en 2000, de Gabriela, une femme Alakaluf qui vit à Puerto Eden, nous a permis d’apprendre qu’elle venait chaque année avec son mari en canot à rame (180 miles...) “au large, sur les roches où l’on venait autrefois chasser les loups de mer à la période des naissances.”

Sept équipiers terminent leur séjour dans l’expédition le 8 février. Nous espérons faire venir dans le bateau qui va apporter la relève, un anthropologue de la CONADI et un archéologue de l’université de Magallanes, tous deux spécialistes des Alakalufes, pour les amener, ne serait-ce qu’une heure, voir le site, si le temps le permet...

Encore une fois, les spéléologues prouvent que leurs recherches dans des endroits reculés et quasiment inexplorés de la planète permettent souvent des découvertes archéologiques de grande importance.

Pour la partie purement spéléologique, l’expédition a developpé ses recherches sur des karsts en altitude (600 m), et la partie nord de l’île encore vierge de toute prospection...
L’aventure continue.

DERNIERE NOUVELLE : trois grottes à sépultures, contenant les restes d’au moins 5 individus, ont été découvertes le 1er février dans le seno Barros Luco, un fjord situé au nord de l’île Madre de Dios... Cela confirme que les Nomades de la mer ont investi le moindre coin, même ceux très ouverts sur le Pacifique, depuis des temps très anciens.

Vous pouvez nous joindre par téléphone satellite sur Inmarsat au :
00 (871 ou 874 selon le satellite capté) 76 319 06 34
Nous sommes de permanence le matin à 9 h et le soir à 21 h.
Ou par e-mail sur expepatagonie2006@wanadoo.fr (merci de faire des messages “light” car la connexion n’est que de 9600 b !)

Site Web de l’expédition : http://www.speleo.fr/ultima

Pour contacter l'équipe :
Textes et photos © Centre Terre - Pasquet - 33760 Escoussans - France - association loi 1901