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Le projet 2006

Des nouvelles de l’expédition

 

 

 

 

 

 

Jeudi 23 février

Le temps file, la fin du mois s'approche
et déjà le compte à rebours est commencé...


En belle compagnie dans le seno Barros Luco...

Le camp 400 sud a été démonté, et trois équipes successives (Al, Martha, Zape, puis Jean-Phi, Jo, Nathalie, enfin Marcello et Serge) ont terminé l'exploration des rives du grand Seno Barros Luco qui coupe Madre de Dios en deux, sauf, bien sûr, celles ouvertes sur le Pacifique, trop agitées pour le petit zodiac trois places qui y a été transporté à dos d'homme... et qu'il va falloir ramener par le même moyen.

Il s'agissait, dans les calcaires, de repérer les résurgences et les porches, et dans les grès, d'éventuelles sépultures Alakaluf en bord de mer, comme il en a été déjà trouvé en janvier.


Dans un recoin du Barros Luco...

Ces équipes ont profité, surtout les deux dernières, de trois grands jours de beau temps. Pas de découverte notable lors de ces raids, mais quelle ambiance extraordinaire !

Si loin de la base, tout au nord, l'isolement est total. Une fois embarquée sur le you-you, la petite équipe part pour une journée de navigation, de crique en crique, découvrant des plages semées de grands arbres échoués tels des squelettes noircis, ou des versants de grès abrupts, jetant jusqu'au ras de l'eau une jungle impénétrable nourrie de mousses et de fougères.

Partout des venues d'eau, larges rivières courant sur les galets, petits rus égouttant des pentes de forêt, ou déversoirs de lacs bondissant en cascades. Pas âme qui vive dans ces paysages d'aube du monde, pas même trace d'une activité humaine, sinon des restes de filet venus du grand large, et jetés là par la violence des tempêtes. Tout au long des heures qui s'écoulent, tout n'est que beauté sauvage, reflets de montagnes vierges dans l'eau miroitant sous le grand soleil, et sensation d'éternité.

Tel le LEM sur la Lune, le Typhon "zodiac ultra-léger motorisé" a été un outil d'exploration parfait pour le seno Barros Luco.

Nous avons fait, entre autres, les vingt kilomètres du tour de la grande île Ramon, et les dauphins sont venus jouer avec nous, à six ou sept. Pour eux quelle aubaine : des hommes sur l'eau dans ce coin désert… Et pour nous donc !

Il nous ont suivis toute l'après-midi, bondissant autour du zodiac, à le toucher, parfois sautant totalement hors de l'eau, pour, d'un coup de reins, retomber à plat sur le dos dans un jaillissement d'écume. Pour une fois que l'eau ne venait pas du ciel, nous étions quand même mouillés par leurs éclaboussures; mais comment ne pas leur pardonner? Il fallait les voir nous escorter, à un mètre sous la surface, filant dans leur veine d'eau comme des fusées, propulsés par de puissantes mais souples ondulations, et puis d'un coup changer de cap et aller sauter trois mètres à l'avant du zodiac, de l'autre côté... Une anfractuosité, un surplomb à aller contrôler ? Tandis que nous abordions avec précaution, attentifs aux amas de moules coupantes qui surchargent les affleurants, ils nous attendaient patiemment, maraudant au large; lorsque nous repartions, la bande se rameutait. Et la folle cavalcade de reprendre !

Au soir, lorsque nous rentrons au mouillage, ils sont toujours là; encore une dernière cabriole, puis ils s'en vont rejoindre leur territoire, là-bas, à la pointe de l'île Ramon, qu'ils nous ont fait visiter comme des guides accomplis. Merci les amis, adieu sans doute !

Franck se prépare à plonger dans une grotte marine.

Et la spéléo la-dedans, dites-vous ? Il y en a certes fort peu, même avec l’alibi de rassembler des données pour revenir ici avec un vrai bateau, afin d'explorer les grandes zones calcaires du nord du Barros Luco. Mais qu'importe après tout; quel bonheur que ces heures complices passées tels des Robinson, seuls avec les dauphins !

Franck et Pierre-Éric n'ont pas tout à fait la virtuosité des créatures marines, mais ils plongent avec calme et ténacité, jour après jour, et déroulent du fil. A la perte du Kawtcho, ils ont suivi à -36 une belle galerie horizontale sur 70 mètres, avant d'arriver sur un puits noyé descendant... plus bas que le niveau de la mer. Preuve que ce réseau a été creusé avant la dernière glaciation, qui a fait s'enfoncer l'île et le plancher océanique sous le poids énorme des glaces accumulées. Aujourd'hui, à la résurgence des Lobos, ils ont dépassé de 90 mètres le terminus de Michel Philips en 2000, s'arrètant à la cote –49, dans une galerie descendant en pente douce. Le siphon est immense, complexe et très beau. Une cavité majeure, selon Pierre-Éric.

Sous terre, l'équipe la plus nombreuse est au Roberto, là ou il y a de la verticale à tomber. Alfredo, Benjamin, Buldo, Georges, Judi, Martha, Pierre, Stéphane, Zape, sont là-haut en explo, à la topo, ou aux prises cinéma. Grégory et Guillaume en sont redescendus hier soir, et Guillaume est reparti dès aujourd'hui avec Al et Jean-Phi pour un raid de trois jours, le dernier sans doute, vers le centre de l'île. Ils pensent monter leur camp que nous avions installé en 2000 près de la perte du Temps, et prospecter une nouvelle zone.

Au Roberto toujours, les journées de beau temps ont été exploitées en prospections actives, mais rien ne dépasse les 40 mètres.

Restent les deux grands trous du secteur : le fond pénétrable du Sablier vient d'être atteint à la cote -230, lors d'une explo de douze heures terminée dans une salle où grès et calcaires se côtoient.

Quant au gouffre de la Détente, plus ample, plus beau, plus prometteur peut-être, le verdict tombera bientôt.

 

Jo Marbach

 

NB : dernière nouvelle : le gouffre de la Détente atteint -300 m !

 

 

 
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