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Le projet 2006

Des nouvelles de l’expédition

 

 

 

 

 

 
Dimanche 26 février

Arrêt des explorations sur "rien" à -310 m

Gouffre de la Détente

Le gouffre de la Détente

Il n'a pas déçu nos espoirs: l'équipe qui est rentrée vendredi soir au camp de base l'a exploré jusqu'à -310m, poussé la topo jusqu'à -276m, et ça continue!

Après une première zone où les puits dominent, le gouffre se poursuit par un méandre particulièrement tortueux sur plus de trois cents mètres: un vrai désespoir pour topographes. Enfin se présente une série de petits puits, dont le dernier n'a pu être descendu faute de temps.
Mais des images ont été tournées (Buldo, Judi, Marta, Steph, Zape) presque jusqu'au fond. L'équipe de pointe (Alfredo, Georges, Pierre) a remonté les cordes en haut des puits, et laissé la suite pour la prochaine expédition.
À trois heures du matin, en fin de la remontée, c'est la crue! Mais elle ne gêne pas la sortie.

Au fond, il reste encore du potentiel en dénivelé, puisque l'altitude de l'entrée est à 449m. Et la perte du Futur, un peu plus au nord et à une altitude comparable, a été explorée en 2000 jusqu'à -370m.

Nous avions estimé la cote finale de la Perte du Sablier à -230m. Eh bien, une fois le report topo mis au net, c'est finalement -271m qu'il faut retenir. Une bonne surprise, qui atténue la déception qu'entraîne la fin de l'exploration de toute cavité.

 

Le méandre au fond de la Détente

Le contact grès-calcaire du mont Roberto aura été prolifique: à chaque petit ruisseau drainant la bande des grès correspond une perte à l'arrivée dans les calcaires, et, bien souvent, ça passe: perte des Oublis (-175m) et perte du Futur (-376m) explorées en 2000, et cette année, le Sablier et la Détente. Le point d'interrogation qui termine actuellement la topo de cette dernière perte va nous faire rêver jusqu'en 2008, c'est sûr...

Galerie dans le gouffre de la Détente

La grotte du Finistère, dont la topo a été terminée hier par Franck et Jo, développe 1085 mètres. C'est bien grâce à Franck, d'ailleurs, si la grotte a pris cette ampleur. Car elle était donnée pour terminée à moins de 400 mètres de développement! Franck a remonté tous les boyaux terminaux (l'état de sa combinaison en atteste) et trouvé ainsi une quatrième entrée.

Surtout, il a forcé, les pieds en avant, un boyau ventilé mais bien peu engageant avec se 20cm de hauteur (mesurés...) et sa pente accentuée. C'était la clef de la partie active de la grotte, où une jolie rivière a offert à son découvreur un amont et un aval. Grâce au pendage, la grotte atteint 131m de dénivelé, et, si elle dispose d'autant d'entrées, c'est qu'elle se développe en bordure de falaise et que le recul de celle-ci au cours des âges a tronçonné certaines galeries. Tout à l'amont de la rivière, une escalade reste à entreprendre, mais la sortie prévue a été hélas reportée puis annulée faute de temps. Encore un doute à lever la prochaine fois que nous reviendrons!

Repli sur Guarello

L'activité spéléo de terrain est maintenant terminée. Le temps du repli sur Guarello est venu, et l'on reporte plus fébrilement les topos qu'on n'arpente le terrain.
Au centre de l'île, Alan, Guillaume et Jean-Phi ont quand même reconnu sur trois jours une nouvelle zone au contact des grès et des calcaires, au nord-ouest de la perte de Temps explorée en 2000. Efforts méritoires, mais mal récompensés: à ce stade, ils ont recueilli plus de pluie que de résultats tangibles.DerniËres actions Guillaume, Greg et Pierre effectuent aujourd'hui le dur portage retour du zodiac et de son moteur depuis le Barros Luco: quatre heures de marche éprouvante à travers le bush, sur des pentes souvent très raides, évidemment sans le moindre chemin, et avec des charges de trente kilos. Et le temps ici est affreux: une pluie presque continue entrecoupée d'averses violentes; à la base, la grêle parvient à rentrer même dans le local des ordinateurs...

Un mot des études scientifiques

Benjamin, seul karstologue à être présent en février, a réalisé samedi ses prélèvements de farine glaciaire stalagmites à la grotte de la Moraine, afin de les comparer avec des données recueillies sur de petits troncs de Nothofagus Antarctica, la variété de hêtre qui pousse en Patagonie.
Richard et lui veulent caler les cernes des arbres et les lamines des concrétions afin de réaliser une base de datation précise, et pouvoir ensuite appréhender le problème du réchauffement climatique global, une des préoccupations majeures de la communauté scientifique.
Madre de Dios, du fait de sa situation très écartée, est le lieu idéal pour étudier ce phénomène sans les effets parasites induits localement par les activités humaines, qui faussent les résultats globaux.
La grotte de la Moraine présente aussi de belles séries de varves (rythmites diraient les puristes) qui permettront d'étudier de façon fine le fonctionnement hydrologique et la végétation de surface dans les temps anciens.

BientÙt le retour

On raisonne maintenant ici en fonction des journées restantes jusqu'au jeudi 2 mars, date butoir de notre départ en bateau vers Puerto Natales.
Encore faut-il tenir compte du temps du nettoyage du matériel, puis de celui d'un séchage soigneux, du pliage et de la mise en conteneur de tout le matériel qui y restera enfermé trois mois avant de rejoindre la France...
Le matériel des camps avancés a été rapatrié en totalité, le Sablier est déséquipé aujourd'hui par Alan, Franck et Pierre-Éric, les tentes sont au séchage.

Après avoir rallié la civilisation et avant de quitter le Chili, il y aura encore à assurer lundi 4 mars à midi la conférence de presse à Santiago, organisée par l'ambassade de France avec la Commission du bicentenaire de l'indépendance du Chili, en présence de la télévision nationale chilienne.
Une opération de relations publiques importante pour préparer le futur. Car il aura un futur pour Centre Terre en Patagonie: malgré les conditions très souvent éprouvantes, tous ceux qui ont connu Madre de Dios veulent revenir.
Nul masochisme dans cet état d'esprit, simplement l'acceptation lucide du prix à payer pour le privilège de vivre des journées d'exception dans des lieux absolument magiques.

GM

 

 

 

 
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