Mise à jour 12 du 5
mars 2008

Que
dire des dernières journées passées à Guarello, sinon que la météo nous
a parfois laissé, de façon inespérée, un peu de répit ? Assez en tous
cas pour s’autoriser encore quelques activités de fin de camp :
Mercredi 27 février
Tout est en crue après la
grosse journée de pluie d’hier, au point d’affoler le pluviomètre. La
plongée prévue à la résurgence de la Plage doit être abandonnée et l’on
espère pouvoir se rabattre sur la résurgence du Champignon, qui a été
repérée dans l’anse où nous avions stationné en 2000 à bord de notre
navire, le Puerto Natales primero. Au beau milieu d'un seno, la sortie
d’eau douce est si forte qu’elle forme en surface une bosse qui lui vaut
son nom. Franck et Laurent plongent, en suivant la chaîne d’ancre du C5
qui a laborieusement été mise en place. Ils touchent le fond à –26, mais
la violence du courant jointe à la turbidité due au mélange eau douce /
eau salée rend la pénétration de la résurgence impossible.
De
son côté, Richard souhaite mesurer quelques hauteurs d’encoches marines
sur Guarello et dans le seno Azul. La hauteur moyenne des encoches se
situe pour cette partie de l’île entre 5,50 et 6 m. Ce marqueur visible
de loin, qui entaille horizontalement les bas de falaises calcaires
plongeant dans la mer, indique les variations relatives du niveau de la
mer au cours des derniers millénaires, en tous cas depuis la fin de la
dernière glaciation. La croûte terrestre, enfoncée de plusieurs mètres
sous le poids des glaciers, a lentement, et par à-coups, retrouvé la
position d’équilbre d’aujourd’hui.
Le prof
voulait enfin effectuer ses
derniers prélèvements dans la grotte de la Moraine. En particulier il y
va
poser
des plaques de verres sous certaines concrétions, pour des
prélèvement
nécessaires aux études d'une équipe scientifique anglaise. L'aller et
l'opération de pose se passent à merveille malgré une pluie battante et
des courant d'air bien étranges à la grotte de la Moraine.
Mais en fin d’après midi le vent se
lève vraiment, pour souffler en rafale à plus de 150 Km/h, formant ainsi
des creux de plus d’un mètre dans les senos d’ordinaire plutôt calmes. Le
gros C5, pourtant stable, est pris dans la tempête, et l’équipe se
souviendra
longtemps de son retour sur Guarello dans ces
conditions : À plusieurs reprise, les marins d’eau douce ont bien cru que
le zodiac allait se retourner. Ils rentrent sains et saufs, mais
« limite »…
Jeudi 28 février
Le soleil brille enfin !
Une prospection éclair est décidée sur l’île de Caracciolo, située à
l'entrée du canal Oeste, au sud-est de Guarello, et dont le sommet est
coiffé d’une lentille calcaire.
Ce sont 12 participants
transportés par 2 embarcations qui s’y dirigent. Au final, rien de bien
excitant pour des spéléos, mais la journée a pleinement satisfait les
géologues si l’on en juge par l’impressionnant volume d'échantillons
récoltés.

Marcelo devant une comète
vegetal
Vendredi 29 février
un
aller-retour express s’organise en C5 et DB550 vers la Grotte du
Pacifique, histoire de permettre à Richard de faire quelques analyses du
pigment in situ, avec son pistolet à rayons X, et de montrer la grotte
et ses peintures aux équipiers qui ne l’avaient encore jamais vue.
L’après midi, un petit
groupe part sur Tarlton pour changer la carte mémoire de la station
météo que nous allons laisser en place pour deux ans, et réaliser un peu
de maintenance. Elle y installe la batterie de notre plus gros bateau
(le DB550). Celle-ci doit venir compléter l’alimentation par le panneau
solaire mis en place en janvier.
Samedi 1er mars
Enfin le tour de clé est
donné sur le conteneur, après trois jours de rangement. Tout a pu être
convenablement séché malgré les conditions météo déplorables qui
persistent. Il est temps de songer maintenant à préparer les sacs
personnels.
À 23
heures, nous quittons Guarello, laissant le conteneur sur le quai, dans
l’attente qu’un prochain minéralier le conduise vers le port de
Concepcion puis la France. Nous laissons surtout beaucoup d’amis parmi
les dirigeants et le personnel de la base, dont on ne dira jamais assez
la gentillesse et l’efficacité. Comment imaginer foncer tête baissée,
« à la chinoise » dirait Richard, vers un objectif à 4 jours de marche
aller-retour, sans pouvoir compter pour se requinquer sur le confort de
cette base lunaire plantée sous l’un des pires climats de la planète ?
Ah !
Cristian puis Ramon, virtuoses du service en tenue blanche, de la
vaisselle des grands jours, avec toujours une attention pour chacun des
spéléos boueux, étrangers à un tel luxe… Ah ! la machine à laver et le
sèche-linge qui fonctionnent jusque tard dans la nuit pour remettre à
neuf nos vêtements crottés ! Ah ! les couloirs vitrés avec vue sur les
trombes d’eau du dehors, tandis que les rafales de vent font craquer les
structures, alors que l’on se déplace de bâtiment en bâtiment, bien au
sec ? Ah ! la bodega, immense espace dévolu par la mine à une armée de
spéléos, d’ordinaire bordéliques, mais miraculeusement respectueux d’un
semblant d’ordre !
Avec
force « abrazos », nous avons laissé les mineurs à leur « routine »
comme ils disent, à cette vie de collégiens adultes éloignés de leurs
familles, mais reliés à elles par la pensée ; dans un isolement que seul
peut justifier la volonté d’assurer une vie meilleure à leurs enfants,
payer leurs études, se préparer une retraite plus confortable, où l’on
aura pourtant du mal à retisser des liens laissés si longtemps en
pointillés…

Mais ce départ est un faux
départ ! Car l’Explorador Patagonia, navire flambant neuf, encore en
rodage, est victime d’une avarie électrique : nous voici à la dérive au
milieu du canal Oeste, à une encâblure du redoutable canal Conception. À
minuit, le bilan est clair : le 24 V et le 220 V sont hors d’usage, il
reste le circuit de secours en 12 V. Il faut rentrer à Guarello, à
petite machine, où l’on serre le quai vers les deux heures du matin. La
direction a réveillé l’électricien, qui va réaliser un câblage
provisoire. À 4 heures, nous reprenons enfin la mer… Après une journée
de navigation, nous serons demain au petit jour à Puerto Natales, si
Dieu le veut.
Lundi 3 mars
Effectivement, à 4h30 du
matin, nous y voici, mais avec un retard qui n’a pas pu se réduire.
Commence une course folle pour être à 11 heures à la conférence de
presse prévue dans les locaux de Sernatur à Punta Arenas, à 300 km de
là, alors que tous les bus du matin sont pleins ! Il faut louer un bus
privé, mais nous sommes finalement à l’heure…

La conférence se tient en
présence de Juan Carlos Tonco, representant des Kawesqar (les survivants
de cette tribu préfèrent ce nom à celui d’Alakaluf) et d’un
administrateur de Guarello représentant Imocap. Puis un repas officiel
nous réunit. Nous rejoignons ensuite l'Institut de la Patagonie afin d'y
déposer officiellement les ossements humains prélevés au cours des
recherches archéologiques de l’expédition. Enfin, direction l'aéroport
pour le vol vers Santiago à 17h....Tout est chronométré pour cette
dernière journée dans le sud !

Mercredi 5 mars
Bernard, Marcelo et
Richard sont reçus par la ministre des Biens nationaux, Romy Schmidt
Crnosija. Nous lui présentons nos résultats 2008. Elle nous délivre un
satisfecit : ses services sont pleinement satisfaits de l'ensemble des
travaux menés par Centre Terre depuis 1995 sur les archipels de
Patagonie. Son administration va maintenant se pencher sur la
préparation d’une convention de partenariat entre le Ministère des Biens
nationaux, Centre Terre et la CAP, afin de valoriser nos recherches et
de favoriser leur poursuite. Cette convention visera aussi à mieux
cerner les implications scientifiques des projets développés par
l'association Centre Terre avec ses partenaires sur le Chili.
La présence de nombreux
journalistes à la porte du bureau de la ministre est pour elle
l’occasion d’un communiqué sur la teneur de cet entretien. Elle invite
également Bernard a faire part des résultats de l’expédition à la
presse.
En fin de journée, nous
sommes conviés par l’Ambassadeur de France à Santiago. Cette réception
nous permet de présenter à nouveau l'ensemble de nos résultats 2008 en
présence notamment de Jaime Charle (Exécutif de la Compagnie des Aciers
du Pacifique, partenaire privilégié de nos projets Ultima Patagonia)
mais aussi de représentants de l'Université du Chili, de nombreux
services de l'ambassade, du CNRS, de l'IRD, de la Fondation des
Biosciences, de Sernatur, de différents services rattachés à la
coopération scientifique, sans oublier de nombreux Centre Terriens.

Jeudi 6 Mars
La très grande majorité
des membres de l'expédition volera demain vers l'Europe. Le container
suivra sous 2 mois. Le long travail d'analyse des travaux réalisés va
s’enclencher.
Restera alors à s'atteler à la poursuite de notre projet, et à préparer
« Ultima Patagonia 2010 ».
L’aventure du Grand Sud continue…
