Avancement de l'expédition 2008

Le projet

Objectifs scientifiques

Les expéditions précédentes

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour 9 du 13 février

Le temps tourne au vignaigre. Alors que l’ensemble des équipes sont repartie sur le terrain, un avis de tempête est annoncé pour plusieur jours.
Ceci aura pour effet de bloquer nos activités d’exploration et engendrer des problèmes de communication entre les équipes. Néanmoins plusieurs résultats sont obtenus et tout le monde est maintenant rentré à Guarello.

Pertes des Dents (9 au 10 février)
Après 2 jours sur le terrains, Jean-François raccompagne les 3 personnes de Sernatur jusqu’à Guarello. Pendant ce temps, Judi et Gustavo poursuivent la topographie de la Perte des Dents, jusqu’à ce qu’une crue empêche de poursuivre l’exploration.
Le lendemain, Jean-François récupère l’ensemble de l’équipe dans le Seno Soplador. La navigation en zodiac est rendu très difficile par le vent soufflant en rafale à plus de 100 km/h, le tout avec une avarie moteur.


Carte de l'archipel de Madre de Dios

Bloqués au Barros Luco !

On a beau déployer une forte logistique, en Patagonie, ce sont les éléments qui dictent leur loi. Nos dernières explorations dans le Barros Luco, un vaste seno (ou fjord) qui s'ouvre sur le Pacifique au nord de Madre de Dios, nous en ont fait une démonstration éclatante.
Le Barros Luco... Lorsque nous nous y intéressons en 2006, il s'agit encore d'une vaste zone vierge de toute exploration spéléologique. Son accès par le Pacifique nous est alors interdit avec les moyens de navigation dont nous disposons, et c'est par la terre que nous l'atteindrons, en portant à dos d'homme et à travers la montagne un petit Zodiac et son moteur ainsi que tout le matériel nécessaire à la prospection d'une petite équipe. Des efforts largement compensés par la découverte d'un endroit magnifique, des cavités prometteuses et de grottes à sépultures attribuables peut-être aux Indiens Nomades de la mer qui nomadisaient encore il y a 50 ans dans les canaux de Patagonie.

Un bateau adapté à la pleine mer
Cette année, nous souhaitons y retourner, mais avec des moyens plus adaptés. La Compagnie des aciers du Pacifique met à notre disposition pour dix jours un solide bateau en acier de 18 m, quasiment neuf et équipé de deux puissants moteurs, l’autorisant à naviguer en pleine mer. Bernard Tourte a imaginé un périple audacieux qui va permettre à une équipe de Sernatur, le ministère du tourisme chilien, de participer quelques jours à l’expédition où ils pourront juger d’eux-mêmes du potentiel touristique de Madre de Dios. Le Del-Mar II ira aussi chercher à Puerto Eden quelques membres de la petite communauté des Kawésqar, à qui nous souhaitons faire visiter la grotte du Pacifique, avec ses peintures pariétales.

Le Del-Mar II (Delphin)


Au passage, le Del-Mar II pourra déposer une équipe sur le nord de Madre de Dios, et ensuite pénétrer dans le Barros Luco pour nous permettre d’installer un camp à terre, lancer des prospections sur les lapiaz, les grottes en bord de mer et plonger des résurgences, le bateau restant le camp de base pour nos amis Kawésqar et Maria José, jeune anthropologue physique de l’université du Chili, qui va travailler sur les sépultures découvertes en 2006. Ça, c’était le programme. Un peu chargé, mais il fallait profiter au maximum de cette manne logistique inespérée.
Et le 6 janvier, le Del-Mar II quitte Guarello, direction Puerto Eden. Au passage, on va débarquer l’équipe du Trinidad, Buldo, Marta, Fernanda, Enrique, Al et Sebastian, avec un C5 et le DB550, un fût d’essence, des vivres pour 10 jours, du matériel de camp et des connexions radio et satellite, dans le seno Egg, tout au nord de Madre de Dios. La grue du bateau met les canots pneumatiques à l’eau. Il fait nuit noire. C’est un grand moment… Où vont-ils dormir ? Leur aventure commence (voir leur récit page suivante).

Les derniers Kawésqar
7 février, nous voici à Puerto Eden, 180 km au nord de Madre de Dios : Marcelo, le pendant chilien de Bernard Tourte, Richard et Maria José sont venus chercher les Kawésqar, sous la caméra de Luc. Marcelo a réussi le tour de force de leur faire accepter le principe d’une visite à Madre de Dios, dans le cadre d’un programme de collaboration entre leur petite communauté et Centre Terre. Ils ne sont que 18 à Puerto Eden sur 180 habitants, mais sous l’impulsion de quelques jeunes Kawésqar, ils ont décidé de lutter pour ne pas retomber dans l’anonymat des peuples disparus. Symbole de ce renouveau plus ou moins politico-social, ils récusent l’appellation négative d’Alakaluf dont les ont affublés les marins, et préfèrent celle de Kawésqar, qui serait le véritable nom de leur peuple.
Comme en 2000, nous retrouvons Gabriela Paterito, sa fille Maria-Isabel Tonko, et son compagnon Raoul Eden. Sera également du voyage Francisco Arroyo, qui a vécu à proximité de Guarello jusqu’au milieu des années 90. Gabriela aussi a nomadisé à Madre de Dios, avec ses deux précédents maris, naviguant en canot à rame depuis Puerto Eden : un périple de trente jours, pour chasser le loup de mer, ou otarie, au large de Madre de Dios. Nous ne manquons pas de questions à leur poser…
Et parmi elles, celle du chemin hypothétique qui relierait par voie de terre le Seno Soplador avec la côte Pacifique, comme nos découvertes précédentes nous ont permis de l’imaginer. Tandis que le Del-Mar II se faufile dans le dédale des canaux de Patagonie, Luc discute avec Marcelo et Raoul sur les possibles incursions terrestres de son peuple. Raoul est un marin, il le prouve en indiquant au capitaine les pièges de la côte Pacifique sur la carte marine, mais il ne va pas à terre. Il n’a jamais navigué sur le Pacifique en canot, seulement en chaloupe avec des marins chilotes pour plonger à la recherche des centollas (crabes royaux). Luc montre un seno sur la carte, et prononce le nom : « Soplador ». Spontanément, Raoul se souvient : « autrefois, les anciens allaient chasser des albatros et des canards sur le Pacifique ; ils partaient à pied du Soplador, et arrivaient après deux jours de marche sur le Pacifique, vers une colonie d’albatros sur la falaise. Ils transportaient des peaux d’otaries pour faire les abris, et ils revenaient après quelques jours avec beaucoup d’oiseaux… » C’est le déclic : ce sont les traces de cet ancien chemin de chasse que nous avons trouvées dans les abris du Calafate et du Cerfeuil (voir la chronique du XX janvier) !
Est-ce eux qui ont utilisé aussi la grotte abri avec son aménagement spectaculaire en os de baleine ? Raoul se ne sait pas.

Retrouvailles à la grotte du Pacifique
8 février
Il est tard. Le départ pour le Barros Luco est compromis. Nous décidons de partir avec le Del-Mar vers la grotte du Pacifique et de revenir à Guarello pour la nuit. Il pleut, le temps est bouché, mais il n’y a pas de vent.

Le bateau stoppe tout près de la grotte, protégé de la houle par un petit promontoire. Le canot auxiliaire du Del-Mar est lancé à la mer, Raoul à la proue pilote le marin et lui indique une passe qui évite les récifs et les hauts fonds. Quelques minutes plus tard, tout le monde est à terre. Gabriela, 72 ans, Francisco, 68 ans, Raoul et Maria Isabel, la cinquantaine chacun, n’ont que cinquante mètres à parcourir pour rentrer dans la grotte. Les caméras tournent, immortalisant cet instant dont nous rêvions depuis 2006. Gabriela reconnaît la grotte. Avec son dernier mari, c’est là qu’ils venaient s’abriter pour chasser les otaries au large, sur un rocher très loin de la côte. Elle indique où ils campaient : c’est la zone d’entrée, avec les vestiges contemporains que nous y avions trouvés : des planches, des traces de foyer, un bonnet de laine, une bouteille de verre (datée de 1850)…
Quelques pas de plus, elle foule les nombreux ossements, patelles et moules qui jonchent le sol. Elle désigne chaque animal, l’omoplate d’une otarie, le crâne d’une loutre… On est au fond de la grotte, les phares éclairent les peintures : ils ne les avaient jamais remarqués ! Mais c’est la même couleur ocre qu’ils utilisaient pour décorer les canots et les rames… Ils regardent tout, puis on les assied pour une longue interview sur leur mode de vie passé, les chasses, les longs voyages en canot à rame depuis Puerto Eden. Enfin, elle va faire ce qu’elle est venue faire pour sa communauté, parcourir à pied toute la grotte en décrivant ce qu’elle voit dans leur langue Kawésqar. Une langue indéfinissable. Des sonorités que nous n’avions jamais entendues. Si elle fait cela, c’est pour que le film de cette journée mémorable soit envoyé à Puerto Eden et pour le montrer à toute la communauté, et laissé en témoignages aux quelques jeunes enfants. Un travail sur la mémoire et l’oubli, surréel, anachronique, qui extirpe de la nuit de leur humanité des souvenirs d’un passé à jamais révolu. Nous nous disons mutuellement merci. Marcelo est aux anges. C’est ce dont il rêvait, un échange et pas un « pillage » comme trop d’équipes de télévision sont venues le faire à Puerto Eden, pour filmer « le dernier vrai sauvage ».


Revenus à bord, le capitaine nous annonce qu’il veut profiter des conditions-météo exceptionnelles et filer dans le Barros Luco, situé 30 km au nord. Richard n'a pas ses affaires de camp, nous sommes plusieurs à avoir laissé du matériel à Guarello, mais l'occasion est trop bonne : cap sur le Pacifique et sur le Barros Luco ! Nous avons encore quatre heures de jour devant nous. La navigation s’effectue très au large, loin des innombrables récifs qui malmènent la houle.
Entrer dans le Barros Luco, c'est pénétrer dans le domaine des dauphins australs. Une grande famille y règne en effet en maître et accompagne chacune des évolutions de bateaux, qu'il s'agisse de pêcheurs venus remplir leurs cales de morues, ou de spéléologues et de scientifiques un peu fous en mal d'aventure. Cette fois-ci, et comme en 2006, on n'échappe pas à la règle : une minute à peine après notre entrée dans le Barros Luco, une troupe vient nager à l'avant de l'étrave du Del-Mar II. À chacun de nos déplacements, nous pourrons suivre leurs ballets majestueux. Peu de choses peuvent évoquer avec autant de force à la fois la puissance et la liberté.


À la nuit tombée, nous jetons l’ancre dans le Barros Luco, précisément dans le Brazo de los Puertos, à un jet de pierres des lapiaz, des grottes sépulcrales et d’une résurgence à plonger…

Exploration du Barros Luco
Samedi 9 février,
nous sommes à pied d'oeuvre pour pousser plus loin nos explorations. Richard et Jean-Marc partent en reconnaissance sur le karst jusqu'à un grand lac sur les hauteurs du Brazo de los Puertos ; Laurent, Franck et Marc partent avec pour objectif de plonger une résurgence repérée en 2006 et réaliser des collectes de poissons d'eau douce à la pêche électrique ; Jean-Philippe, Denis et Georges poursuivent l'exploration de la grotte du P'tit fond, stoppée en 2006 au pied d'une escalade ; Luc et Maria José visitent 2 sépultures Kaweskar (voir plus loin); les autres partent avec le Delphin prospecter l'entrée du Barros Luco. À 5 heures, toutes les équipes ont pu réaliser avec plus ou moins de succès leurs objectifs et se rapatrient sur le Delphin qui mouille au fond du Brazo de los Puertos. Le temps se lève, une hélice du bateau se prend lors d'une manoeuvre dans la corde de l'ancre et oblige nos plongeurs à une immersion sous la coque. La mer devient critique pour un retour en sécurité de Luc et Maria José à bord du Typhoon, notre mobylette des mers, une équipe part donc à la rescousse avec un C5, bateau pneumatique bien mieux doté pour affronter le gros temps. Des rafales malvenues menacent le mouillage et Guillermo va réfugier le Del-Mar II au Puerto Bueno, une anse particulièrement bien abritée des vents, située à l’entrée du Barros Luco. Deux bateaux de pêcheurs chilotes mouillent déjà là, ils viennent de prendre le bulletin météo et les conditions vont se dégrader encore demain. On se prépare donc à rester bloqué jusqu'au 11 au matin dans ce Puerto Bueno naturel, ce qui limitera nos mouvements pour la journée de demain.

Dimanche 10 février :
le vent souffle, et la protection que nous offre ce port naturel nous trompe sur l'état réel de ma mer : une équipe (Laurent, Franck, Marc et Denis) tente une sortie mais ne pourra pas atteindre son objectif, certaines zones du Barros Luco sont tout bonnement impropres à la navigation.

En revanche, d'autres coins sont plus calmes et leur permettront de plonger avec les dauphins, un beau lot de consolation !! D'autres partent à proximité de notre mouillage et découvrent d'un côté (Jean-Marc et Georges) une cavité fortement ventilée, avec un arrêt provisoire devant une petite escalade, et de l'autre (Luc, Maria José, Marcello...), un système avec une grosse résurgence au niveau de la mer, au pied d’une falaise où succèdent en oblique trois grands porches alignés dont l'un a servi d'abri aux Kaweskar. Une suite importante semble se profiler. Le retour face au vent dans le Barros Luco est mouvementé, à la limite des possibilités de l’annexe du Del-Mar II.
Nos voisins de fortune nous régalent de succulents poissons, et c'est un plaisir que de partager avec ces travailleurs de la mer un moment de vie peu commun.

Lundi 11 février :
les conditions-météo sont toujours aussi mauvaises : nous ne pourrons pas nous échapper du Barros Luco aujourd'hui ! L'humeur du groupe est un peu maussade, mais nous avons tout de même de quoi faire ! Richard, Jean-Philippe, Franck et Claudio partent pour une prospection sur le karst au nord du Barros Luco, ils reviennent avec dans leur GPS les coordonnées d'une nouvelle perte qui débute par un beau puits de 15 m, non descendu, à 420 mètres d'altitude. Jean-Marc, Denis et Georges poursuivent l'explo de la cavité de la veille, la grotte des Pêcheurs, ils topographient plus de 150 m de nouveaux conduits, mais arrivent au terminus de la cavité, un passage arrosé et impénétrable.
A bord du Del-Mar II, qui seul peut traverser le Gabriela Luco en délire, nous stoppons une heure et demie au pied de la deuxième grotte sépulcrale, où Maria José peut étudier les ossements, et notamment un crâne de forme étonnante, en compagnie de Marc, Laurent et Luc. La même équipe, renforcée de Marcelo et de Francisco (de Sernatur) se rend ensuite au « Système des Trois Entrées Plus Une », Marc et Laurent explorent et topographient plus de 250 m et s'arrêtent en haut d'un beau puits de 15 mètres. Curieusement une corde de pêcheur est posée à 200 m de l’entrée. Ce n’est pas une première… Serait-ce la preuve que la légende du trésor caché dans une grotte du Barros Luco a suscité la curiosité des pêcheurs, devenus spéléologues par appât du gain ??? La visibilité meilleure permet de trouver le quatrième porche, parfaitement circulaire, haut dans la paroi à droite de la résurgence. On se retrouve tous au soir au bateau, les bulletins météos ne sont guère réjouissants pour les jours à venir.

Bloqués dans le Barros Luco
Mardi 12 février.
Nos amis pêcheurs sortent de l’anse : l'un des bateaux ira pêcher dans le Barros Luco, l'autre va tenter une sortie sur le Pacifique. Il revient et nous informe que la mer est grosse, il n'est pas possible pour eux d'envisager de pêcher, mais que nous devrions pouvoir passer : à 2 heures, après avoir tout bien arrimé, nous prenons la mer. Nous sommes encore dans le Barros Luco, et les vagues assaillent déjà notre Del-Mar II de toutes parts. Nous voici maintenant sur le Pacifique, et la mer se creuse encore. Nos amis dauphins sont toujours là et nous escortent en faisant des bonds prodigieux, mais leur soutien n’est que d'un maigre recours face aux éléments déchaînés. Le bateau tangue et roule, on sent sa carcasse d'acier se vriller. Face à nous, des murs d'eau de 8 mètres se dressent, menaçants. Le Del-Mar enchaîne les roulis et les tangages. On se sent peu de choses… Guillermo opte pour le repli, au soulagement de la plupart d'entre nous.
Nous rentrons abattus et penauds à Puerto Bueno, mais Luc se lance dans la confection de pizzas avec les ingrédients du bord, et Maria Isabel prend le relais avec de succulents beignets. La situation n'est pas encore critique !


Malheureusement, le dernier bulletin météo nous fait l'effet d'une douche froide : les conditions-météo vont se dégrader à nouveau, il n'y a que peu de chances que nous puissions nous échapper demain. Bientôt le manque de nourriture va se faire sentir, surtout pour l'équipe du Trinidad qui n'a pas la chance d'avoir pour voisins des marins généreux aux cales biens remplies et que les rares communications satellites nous font deviner que leur situation ne sera pas tenable longtemps. La tente Vaude a explosé, et ils n’ont plus de cigarettes ! On envisage même un retour à pied dès le lendemain par le chemin ouvert en 2006, après avoir récupéré l'équipe du Trinidad qui pourrait rejoindre le fond du Barros Luco par un « passage des Indiens » : un seno très effilé arrivant à une centaine de mètres de la partie nord-est du Barros Luco.Une solution peu satisfaisante, car elle nous obligerait à abandonner toutes nos embarcations pour une durée mal définie.

Une fenêtre météo entre deux tempêtes…
Mercredi 13 février, 6 heures du matin :
Branle-bas de combat ! Guillermo, Cesare et José nous réveillent en fanfare. On va tenter une sortie ! L'un des bateaux de pêche est parti tôt ce matin, et le Pacifique serait navigable. On a une fenêtre météo qui ne va pas durer, entre la tempête du nord-ouest des jours précédents, et une tempête du sud-ouest qui s’annonce dans la journée… Il faut partir au plus vite ! Le Del-Mar II reprend la mer. Les conditions sont un peu meilleures que la veille, mais ça bouge sérieusement. Mais nous savons maintenant que ça va passer, on regarde cette mer agitée avec plus de plaisir que la veille. Un dernier adieu aux dauphins, et le Barros Luco est derrière nous. Bien vite, nous embouquons le canal Trinidad. Le plafond est bouché à 300 m. Il pleut et il vente. On propose de le rebaptiser canal Libertad…
Nous avons mis au courant l'autre équipe par les téléphones satellites, ils s'affairent pour le départ. Nous les voyons maintenant au loin, petites taches de couleurs dans la grisaille qui ne nous a pas lâchés depuis une semaine. Les traits sont tirés, mais la joie inonde leurs visages. Ils n'ont pas souffert de ce séjour forcé, ont pu faire de belles découvertes, mais sont, comme nous, contents de pouvoir s'extraire de ce mauvais pas. Il est 14 h, nous sommes tous à bord et naviguons à présent vers Guarello, bien à l'abri à l'intérieur des canaux. Luc refait des pizzas et Georges des pâtes pour les « naufragés du Trinidad ». Nous serons même à l'heure pour le repas du soir à la base !

Le lendemain matin, le Del-Mar II repart déposer les Kawésqar à Puerto Eden, et rentre sur Punta Arenas avec l’équipe de Sernatur. Depuis, la tempête fait rage sur Guarello. Les pluies d’une violence incroyable s’abattent sur les Archipels désolés. On se félicite de s’en être sortis à si bon compte…


Compte rendu jusqu'au 13 février (version CANAL TRINIDAD)

Une équipe composée de Alan, Buldo, Zape, Stef, Pierre, Samuel, Fernanda, Sebastián et Marta, a reconnu entre le 6 et le 13 février le canal Trinidad qui forme la côte nord de l’île de Madre de Dios.
C’est à minuit que le Del-Mar-II, le bateau affrété par la Compagnie des Aciers du Pacifique pour les beswoins de l’expédition, nous dépose sur un bord de mer boisé de l’île dans le Seno Egg, avec deux Zodiac, tout le matériel d’exploration et la nourriture nécessaire pour 4 jours d’autonomie et d’isolement.Le premier jour débute avec un temps extraordinaire pour l’île. Du grand soleil dont nous profiterons au maximum en explorant depuis la mer toute la côte depuis le campement du Seno Egg jusqu’à l’entrée du Barros Luco, une grande baie située à plus de 50 km de notre campement provisoire. Grâce aux deux Zodiac, l’équipe peut prendre pieds sur les plages de sable blanc de la côte Pacifique et explorer plusieurs porches.

Dans l’après-midi, un vent de plus en plus violent succède au temps calme du matin, formant des vagues chaque fois un peu plus fortes. Les accostages deviennent alors plus… sport.

Les jours suivant l’équipe continue son exploration de la côte sur le canal de Trinidad en naviguant sur tous les bras de mer (seno) proche du camp et inspecte toutes les cavités et porches visibles sur les secteurs suivants :

Seno entre le Mont Harbour et la Sierra Tudor;

Seno Cramer;

Seno Walsey (reconnaissance partielle à cause du mauvais temps);

Seno Lamero et Seno Egg ;

Petits canaux en direction du Seno Lastarria.

Un autre objectif fut de rechercher des accès faciles pour atteindre les karsts d’altitude. Ce n’est pas une mince affaire car la cote est bordée soit de falaises très abruptes qui tombe directement dans la mer, soit de forêt inextricable où la progression est très compliquée et parfois dangereuse. Pendant toute la reconnaissance, les deux jeunes géologues chiliens, Fernanda et Sebastián, collectent plusieurs échantillons de roche et notent des données et des observations importantes qui n’apparaissent pas sur les cartes géologiques de la région.

Parmi les découvertes plus importantes en matière de porches d’entré, on notera l’abris de la loutre (“abrigo de la Nutria”) et le porche de la grotte des pirates (“Cueva de los Piratas”), ces deux entrées sont effectivement couvertes par une grande quantité de coquilles de mer. Nous y trouvons aussi beaucoup d’ossements ainsi que trois squelettes de loutres momifié.

La grotte des pirates est la plus grande cavité explorée sur le canal Trinidad. Elle se situe sur une plage du Seno Egg, à l’ouest du campement et développe 370m pour 43 mètres de dénivelés. La température est très basse, 4 °C, et un violent courant d’air parcourt l’ensemble des galeries, ce qui rend le relevé topographique particulièrement désagréable et pénible (nous sommes ressortis congelés comme des pingouins!).

Sur une autre plage plus au Sud du campement, nous découvrons la grotte des 7 rivières (“cueva de los 7 ríos”), formée par un réseau de galeries parallèles, chacune parcourue par de petits ruisseaux qui s’unissent ensuite pour former à l’extérieur une résurgence avec un débit estimé à 1000 l/s pour cette journée peu pluvieuse.

Nous vérifions que l’un des étroits canaux qui prolongent au Sud le Seno Egg, n’est séparé du Seno Lastarria dans le Barros Luco que par une bande de terre de 100m. Un accident survint lors de cette excursion. Au cri “un dauphin, un dauphin !”, l’ensemble des occupants du Zodiac détournent leurs regards et aucun ne voit la pierre malicieuse qui trône au milieu du canal. Pendant que l’embarcation se fige instantanément sur l’écueil, Marta, jusqu’alors fièrement postée à la proue, réalise alors un magnifique triple saut mortel, atterrissant dans les eaux froides du canal ¡mujer al agua ¡ (femme à l’eau !). Un ouf de soulagement retenti lorsqu’elle reprend pieds sur la pierre et déclare sous la risée “tout va bien, pas de problème, mais je n’ai pas eu le temps de voir le dauphin !”. Buldo qui pilotait, rigole un peu de travers à cause d’une bonne douleur mandibulaire. Et le Zodiac sourit lui aussi : sous le choc une partie de la quille s’est éventrée.

L’histoire de cette excursion ne s’arrête pas là. Un peu plus tard, l’équipe progresse à la rame et moteur levé pour atteindre le fond du canal puis délaisse finalement l’embarcation au pied d’une petite cascade de 5m et continue à progresser en marchant le long de la cote. Au retour, le zodiac de quelques 700kg est malheureusement posé sur la berge, la marée s’étant retirée un peu plus que prévue…

Faut-il attendre la marée haute, qui arrivera 6 heures plus tard ou tenter en force de le faire ripper vers l’eau? Par ailleurs, Samuel observe que la rivière est canalisée par une accumulation de pierre qui ne parait pas naturelle. On apprendra plus tard que les Kawesqar avaient construit ce passage pour faciliter le transfert de leur canoë du Seno Egg au Barros Luco. L’idée germe alors de faire de même pour notre bateau et de creuser alors un petit canal pour remettre plus facilement le Zodiac à l’eau.

Entre temps un contact radio permet d’aviser nos compagnons de camp en reconnaissance dans un autre bras de mer. Ils se dirigent alors vers nous en assistance effectuent une trace GPS et laissent une lumière proche du camp afin de pourvoir revenir en pleine nuit et en toute sécurité par ces canaux obscurs.

Le 10 février,
il est prévu que le “Del-Mar II” vienne nous récupérer mais une tempête sur le Pacifique bloque le bateau dans le Barros Luco. Les vents sont de plus en plus violents et arrachent finalement notre tente commune dans la nuit. Nous lutterons pendant trois heures pour éviter son envol, pour protéger le matériel et les vivres qu’elle contient, ainsi que Bernard et Stef. qui y logent, mais c’est peine perdu et elle est finalement désertée et tapie au sol sur le coup des 4h du matin.


Le 11 février,
le “Del-Mar II” nous annonce qu’il est toujours bloqué par le mauvais temps. Les blagues de mauvais genre sur les techniques de survie commencent à fuser. C’est la catastrophe : il n’y a plus de café depuis plus de 2 jours! et, bien que nous ayons prévu plus de nourriture que le nécessaire pour les 5 jours de notre sortie, les vivres commencent à manquer… Combien de temps auront nous encore à tenir ? Nous ne recommandons à personne l’infusion d’Oregon (qui fut testé..a cette occasion) !

Le 12 février,
toujours pas de bateau, plus de tabac non plus. Les non-fumeurs cachent alors les derniers sachets de thé afin que ceux-ci ne partent en fumée. Le temps est horrible ¡Ayayema ten Piedad! (Ayayema prend pitié de nous !) la pluie, les vents violents, la mer démontée transforme le campement en marais de Shrek, un paradis pour la famille « Adams-monster » mais certainement pas pour les explorateurs que nous sommes.

Le 13 février,
le vent à bien baissé mais la pluie continue, peu probable que le bateau puisse nous rejoindre aujourd’hui. 10h00 du matin et toujours personne en dehors des tentes ! mais lorsque la voix d’Alan retentie pour annoncer “le bateau arrive dans 2 heures !” alors le campement reprend vie. Nous oublions la pluie et la boue et avec l’énergie de l’espoir nous commençons à plier le matériel et les tentes pour enfin partir vers notre doux refuge de Guarello que nous atteindrons quelques 9h plus tard.

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