Avancement de l'expédition 2008

Le projet

Objectifs scientifiques

Les expéditions précédentes

 

 

 

 

 

 

 

 

MISE À JOUR 6 DU 1 FEVRIER 2008


Porche végétal sur la route de la Grotte de la Baleine

Mardi 29 janvier

À la mi-journée, l'équipe de la perte du Temps revient à Guarello. Le bilan est positif, ils ont reconnu de vastes secteurs encore vierges et ramènent une bonne liste d'objectifs à poursuivre. Vivement le prochain camp dans ce secteur, prévu dans deux jours !

À 21h30, c'est l'équipe de la Baleine qui apparaît sur son zodiac. Les quatre hommes sont fatigués : ils sont rentrés par terre du grand porche ouvert sur le Pacifique en une journée, soit 11 heures de progression en terrain souvent difficile. Et ils rapportent des informations incroyables !


Après 2 jours de marche, arrivée de la première équipe au dessus de la Grotte de la Baleine

La plus renversante obscurcit encore le fameux "mystère de la Baleine" que nous tentons justement de résoudre... Parvenus hier en haut de la falaise à l'aplomb du porche, ils ont dévalé 70 mètres d'une coulée de forêt subverticale avant de prendre pied sur une vire large de quelques mètres, descendant vers la grotte dans laquelle elle pénètre, et sur laquelle ils ont posé une main courante de sécurité. Et là, sur la vire mais déjà dans la grotte, à 30 m du sol qu'ils ne pourront atteindre que par une descente sur corde, voici qu'ils tombent sur d'autres ossements de baleine, dont deux en connexion naturelle, et des coquilles de patelles soudées au sol par la calcite !


Première jonction par voie terrestre à la Grotte de la Baleine

Comment ces vestiges sont-ils parvenus ici, à plus de 35 m au-dessus du Pacifique qui se brise en contrebas ? Trente mètres plus haut que ceux qui gisent sur le sol de la grotte, à déjà plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer ? Un gigantesque tsunami ? Mais la grotte n'est pas du tout dans l'axe de la baie...Un dépôt par simple échouage, lors d'un interglaciaire très ancien où l'océan montait à ce niveau ? Inutile de tirer des plans : il faudra absolument dater ces nouveaux ossements, et les comparer à ceux du plancher de la grotte, vieux de 3250 ans.

Autre trouvaille : à 200 m d'altitude sur le plateau, à l'abri d'un tympan rocheux, ils trouvent un foyer, comme l'a fait vendredi dernier, plus à l'est, l'équipe de la perte du Temps... Il y a là aussi des os d'oiseaux, des patelles et quelques moules, mais aussi des débris de verre ayant servi d'outils. Il est donc avéré que des hommes ont parcouru l'itinéraire que nous empruntons, du Soplador à la plage de la Baleine, à une époque qui reste à déterminer. Peut-être des Chilotes, ou des Alakaluf, venaient-ils ici pour chasser le phoque sur les plages du Pacifique inaccessibles par bateau ? Notre regard sur l'histoire de l'île se transforme...

Une fois dans la grande grotte de la Baleine, les deux géologues (Richard et Joël) et le biologiste (Franck) travaillent sur les ossements de cétacés, tandis que Luc les filme. Il n'ont que quatre heures devant eux, il faut faire vite. À 19 heures, ils regagnent leur bivouac situé en altitude, sous un porche, et, le lendemain, la base.

Depuis Guarello, Bruno et Denis escaladent sur 130 mètres la paroi en rive sud-est du seno Copihue pour atteindre un porche de cinq mètres de diamètre qui nous nargue depuis 2000. La voie est belle mais la grotte décevante, comme souvent dans ces circonstances : dix mètres de développement...

Par ailleurs, la noria des relèves de fluocapteurs à la grotte de la Moraine se poursuit.

 

Mercredi 30 janvier

Arrivée à Guarello de Jean-Phi, des deux Steph et d'Olivier, redescendus de la bande de grès du sud de Madre de Dios après trois jours sur le terrain. Ils ont monté leur camp en bordure de la forêt, dans la doline même où se perd un ruisseau vu la semaine dernière avec un débit de 50 litres/seconde, mais que 5 jours de sécheresse ont à présent réduit à 2 litres. Une chance, vu l'étroitesse du bas du premier puits ! L'abondance des calafate, ces désagréables buissons épineux, impose le nom de la cavité : ce sera la Perte Piquante. Dès le soir, ils lancent une pointe de 6 heures et ressortent à minuit. Elle est suivie d'une autre descente de 9 heures le lendemain. Une série de six puits séparés classiquement par des méandres les conduit à la cote -125, pour 328 m de développement topographié. La cavité continue, mais ils n'ont plus un seul bout de corde : le retour s'impose.


Jean-Philippe Toustou équipant La Piquante

Deux autres sorties à la journée sont organisées. Laurent, Tigrou et Franck vont poser un luirographe pour suivre les crues de la perte du Kawtcho, au fond du seno Soplador. La cavité s'ouvre dans le lit même du ruisseau qui parcourt le fond du vallon, au milieu d'une superbe forêt magellanique surchargée de mousses de toutes les nuances du vert, du jaune et de l'or. Sous les grands arbres, des buissons occupent le sol; les taches vives des fuschias et des copihue égayent le clair-obscur de ce thalweg sauvage et silencieux. La cavité s'ouvre par un vaste entonnoir; puis 60 mètres d'une galerie coupée d'un petit puits conduisent au siphon où le luirographe est fixé. Pendant trois ans, il relèvera automatiquement les niveaux d'eau et la température.

Aujourd'hui le temps est gris et le ciel bas, mais il n'y a pas de vent. Toujours dans l'idée de rejoindre la Baleine par le Pacifique dans les meilleures conditions de navigation, un petit groupe (Buldo, Bruno, Jean-François, Denis et Jo) se demande si la houle ne serait pas plus régulière en s'écartant un peu de la côte, au large des très nombreux îlots et des hauts fonds qui contribuent à hacher la mer. À 14 h, le DB550 quitte le port, avec son petit zodiac de secours, pour une vérification sur place. L'équipage se rend bien vite compte que son hypothèse semble fausse... On se rabat près de la côte pour comparer : c'est mieux ! On pousse un peu plus loin, puis encore un peu plus loin. Tout va bien. C'est alors que l'idée surgit : la Baleine, maintenant, pour voir ? On longe la côte, qui ne montre de ses falaises puissantes qu'une tranche de cinquante mètres, entre l'océan et le plafond gris. Les lointains se dissolvent dans la brume; en émerge un semis d'îlots déchiquetés battus par les vagues, entre lesquels le zodiac taille sa route. Dans cette ambiance de monde perdu défilent de longues plages de sable où des dunes étonnament hautes sont prises d'assaut par la végétation, et où l'océan court se jeter en longs rouleaux frangés d'écume. Des colonies de manchots immobiles constituent la seule marque de vie de ce monde désolé. En moins d'une heure, voici la plage de la baleine, le GPS nous indique la direction du porche encore noyé dans la brume, dont il sort soudain, tout proche, gueule énorme roussie de coulées de lichens, où la corde posée avant-hier par Franck au long de la vire d'accès semble presque incongrue. L'envie de voir tout ça de près est la plus forte : Buldo débarque ses quatre équipiers pour une balade à terre, au prix d'un bain forcé dont on se soucie comme d'une guigne.

Cette récompense inimaginable il y a seulement une heure est presque ennivrante. On déambule sur un sol parsemé de fougères clairsemées, d'où émergent par endroits d'énormes ossements fichés dans la vase. Dire que d'autres reposent sur la vire, 30 mètres plus haut ! Nous pensons à la débauche d'efforts que nos amis ont fournie pour parvenir jusqu'ici, durant quatre jours à travers l'île, pour sulement quatre heures d'observation, et la comparons à notre approche dilettante...Aux innocents les mains pleines !

Jeudi 31 janvier

Non, nous n'avions pas été exagérément prudents lors de nos renoncements antérieurs, et la Baleine ne s'atteint pas tous les jours, par tous les temps ! Ceux qui la tentent aujourd'hui s'en rendent compte très vite. Les conditions ont changé depuis hier, le vent a forci et l'océan s'est creusé. Demi-tour, on ne plaisante pas avec la sécurité ! Au long de la journée, le temps devient franchement mauvais et des trombes d'eau s'abattent, comme pour compenser les jours secs dont nous avons bénéficié. Il fait si mauvais que la forte équipe qui doit rejoindre le camp de la perte du Temps (Marta, Zape, Franck, Stéphane M, Tigrou, Denis, Alan) décale son départ à demain.

Vendredi 1er février

La Baleine impose le timing général. Nous savons maintenant que la grande plage qui la jouxte a été fréquentée par des hommes venus par terre depuis le Soplador, et il devient important d'inventorier les nombreux porches que nous y avons aperçus depuis le large. La météo est meilleure (vent de moins de 15 nœuds, creux de 2 à 4,5 mètres), il faut tenter. Luc, Stéphane J et Richard iront travailler au relevé de surface du grand porche archéologique, Olivier et Bruno prospecteront les grottes et les abris entrevus. Buldo sera consigné sur le DB 550 pour la sécurité. Si ça ne passe pas, d'autres objectifs sont prêts pour l'après-midi.


Les scientifiques débarqués devant le porche de la Grotte de la Baleine

Pour contacter l'équipe :
Textes et photos © Centre Terre - Pasquet - 33760 Escoussans - France - association loi 1901