Avancement de l'expédition 2008

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Mise à jour 10 du 20 février

Beaux résultats sous une météo de folie…

Certes, la météo est détestable dans les Archipels. Mais nous n’avions pas encore tout vu ! Ces derniers jours, un vent soufflant à plus de 100 km/h a charrié des trains de nuages lourds, qui libèrent sur les massifs de Madre de Dios, bruines, grêles, trombes d’eau, tout cela dans un décor de grisaille qui tape sur le moral et remplit les pluviomètres.
Et pourtant, toute l’équipe est motivée ! Après 24 heures de retrouvailles, lavage, séchage et repassage, (non pas repassage, faut pas exagérer), et de repos bien mérité, les objectifs se définissent, les équipes se forment, la nourriture de camp est puisée dans les réserves, les tentes, matériels, cordes s’empilent au milieu de la bodega en autant de tas que de futurs camps.
Les résultats vont tomber : des gouffres, des résurgences en plongée et… un nouveau site archéo !

15 février
Sous des trombes d’eau, seuls les plongeurs, amphibies comme on sait, sortent leur nez de la bodega. Franck et Laurent ont réussi à convaincre Marc et Jean-Philippe de les accompagner. Objectif : plonger le siphon terminal du gouffre de l’Aguilucho et voir la grotte du Picaflor pour des collectes de faune souterraine.

Jean-Philippe se découvre des talents cachés pour la caméra, et filme une scène surréaliste : des gars en combi spéléo, des « gants à vaisselle » aux mains, portant sur le dos des bi-9 litres (37 kg le tout) sur un lapiaz quasi vertical et recouvert de forêt patagone inextricable. En bas du puits (qui parpine), le réseau est en crue, le matos est laissé sur place. Franck pose des pièges dans la grotte du Picaflor (colibri en espagnol) située en bord de mer, tandis que Laurent repère des cavités en crue un peu partout, mais impénétrables. Le karst restitue son trop-plein d’eau par la moindre fissure…

Laurent dans le siphon de l'Aguilucho

16 février
Le siphon du Picaflor est plongé : 15 m, point bas à –4,50 m, et derrière une salle avec un puits remontant de 15 m, étroit. Dommage… Les pièges bio n’ont rien donné, à part les amphipodes classiques des eaux de la région. Une belle résurgence vue hier, qui doit être celle où sortent les eaux vues dans l’Aguilucho, n’est pas plongeable car l’eau passe entre d’énormes galets de grès.

L’équipe de la Bande de Grès (Denis, Jean-Marc, Gustavo, Pierre, Jean-François, Stef. M., Georges) attaque fort : Pierre et Georges touchent -60 m dans la Abrigo del viento, avec de belles dimensions, à la Perte de la Piquante Stéph, Gustavo et Denis rajoutent 40 m de profondeur, jusqu’à –150 m, arrêt sur méandre étroit, avec des mises en charge possibles… topo et déséquipement dans la foulée.



Denis au passage d'une déviation dans le gouffre de la Piquante


L’équipe de la Perte du Masque (Buldo, Judi, Marc, Maria, Jean-Philippe, Eric, Gerd, et Luc-Henri) doit différer son départ pour assurer la mise en ligne des nouvelles du Barros Luco et du canal Trinidad, ainsi que la traduction en espagnol ! Rien de notable sur cette marche d’approche de 2 heures, sinon une libellule incroyable juchée sur une touffe de mousse, et la beauté sauvage des trois lacs au fond de la dépression gréseuse glacio-karstique, qui alimentent les Pertes du Masque et de la Plume, dès le contact avec le calcaire. Evidemment, la perte est en crue. Au bivouac, on laisse les trois Chiliens regarder les jolies concrétions du réseau fossile, tandis que l’on filme la descente dans ces galeries semi-verticales sculptées de larges coups de gouge, d’une dimension exceptionnelle pour Madre de Dios, et l’arrivée sur la rivière, en crue, of course, mais très belle. Marc tente un coup de pêche près du siphon, il capture principalement des larves d’éphémeroptères… Dodo bien après minuit, c’est l’avantage des bivouacs souterrains, après une purée délicatement parfumée au fromage moisi après 7 jours dans la grotte. Ce n’est pas vraiment du Roquefort…


Scéance cinéma dans la grotte du masque

17 février
Le cinéma se termine vers midi, par une courte visite en suivant les eaux de la perte. Belle ambiance, dans cette galerie basse, où de ressaut en ressaut les eaux folles cascadent et s’éclatent en gerbe. Retour très chargé, car on déséquipe la cavité et le bivouac. Il ne reste plus que le Luirographe, solidemment ancré au niveau du siphon par Laurent Morel, qui va enregistrer pendant trois ans les niveaux d’eau et les températures. Au passage, Marc tente une pêche au débouché d’un des lacs : pas un seul poisson ! La crue a-t-elle tout lessivé ?

A la Bande de Grès, l’exploration de l’Abrigo del viento se poursuit avec bonheur : les dimensions sont exceptionnelles, dont un puits de 50 m, et des salles énormes : arrêt à -130 m sur manque de corde.

Revanche à l’Aguilucho ! Laurent dépasse le terminus de –36 dans l’amont, mais comme il doit refaire le fil d’Ariane suite aux crues, il s’arrête à –41 m sur limite d’air, cela s’agrandit et semble remonter. Eau à 6°C… Franck plonge alors le siphon aval de ce gouffre, qui est un regard sur une circulation souterraine, petit siphon (23 m de long, 3 m de profond) et débouche dans une galerie fossile d’une centaine de mètres qui redonne sur un beau siphon… Au retour, ils récupèrent Richard qui a passé la journée dans la grotte de Cassis, à faire des mesures scientifiques et à poser des appareillages pour une expédition anglaise qui doit venir en mars les chercher et qui travaille en collaboration avec Centre Terre et Dominique Genty (un ancien étudiant de Richard) sur le paléoclimat à partir des isotopes stables de l’oxygène.

18 février
Le camp de la bande de Grès, bien installé au fond de la dépression, est un havre. Il faut une grosse motivation pour sortir des duvets. Mais une fois sous terre, le spéléo est dans son élément. La première tombe dans l’Abrigo del Viento, qui descend toujours plus bas. L’actif trouvé en bas du P50 file dans de grands volumes hors crue. Hélas, c’est pour s’arrêter sur voûte mouillante impénétrable à –197 m. La cavité est déséquipée, le camp démonté et du matos spéléo laissé au col, pour de futures prospections, car le secteur semble prometteur, même s’il n’a pas livré le nouveau « record du Chili » dont nous rêvons tous…


Jean-François remonte dans le gouffre al Abrigo del Viento (Gouffre de l'abri du vent)

19 février
Sous la cavité, la plage… Les plongeurs, avec Judi, se succèdent dans cette résurgence, repérée deux jours plus tôt sur la plage de sable entre deux falaises style Calanque. Bilan : 135 m avec un point bas à –27 m. Eau à 6°C. Arrêt sur limite d’air. Il faut revenir en étanche avec de grosses bouteilles !


Laurent dans le siphon de la grotte de la plage

Richard, Maria José et Luc, partent voir la fameuse Cueva Ayayema qu’aucun d’eux ne connaît, où avait été trouvé en 2000 un crâne daté de 4500 ans par Dominique Legoupil, qui signale aussi des boulettes d’argile dans une galerie. Richard veut analyser l’argile avec son « pistolet à rayon X » pour comparer avec les peintures de la grotte du Pacifique. Sans GPS et la photo aérienne ayant sombré dans la mer, arrachée des mains de Richard par un coup de vent, ils se trompent de porche et font une « première » dans un ancienne grotte marine, creusée dans une faille à la faveur d’un dyke, 10 m au-dessus de la mer. Cela forme un abri au sol plat, de 40 m2 environ, bien isolé, bien situé… et évidemment apparaissent en surface des traces d’habitat : foyer, charbons, os d’animaux, coquillages. Notre anthropologue Maria José identifie un fragment d’omoplate humaine d’adulte, puis ici et là, sous les céleris sauvages, apparaissent un partie postérieure de crâne et un reste de fémur ayant appartenu à un enfant de 5-6 ans. Une nouvelle sépulture d’Indiens canoeros…


Partie postérieure de crâne trouvée dans une grotte sépulcrale

De son côté, notre ichtyologue de l’IRD Marc Pouilly a fait une pêche électrique (avec un appareil sophistiqué qui paralyse momentanément les poissons) dans la rivière de la baie des Pirates, à Guarello. Peu d’invertébrés, mais une dizaine de poissons d’eau douce sont capturés. Jusque là, il a trouvé des représentants de 5 à 6 espèces de petite taille dans les rivières côtières de Madre de Dios, ce qui représente une diversité assez surprenante pour la région. Elles sont probablement diadromes, utilisant les eaux douces et la mer au cours de leurs cycles biologiques.


Marc et Franck à la pêche électrique

20 février
L’équipe de la Perte du Temps, composée d’Alan, Sebastián, Fernanda, Zape, Marcelo et Marta, rentre de cinq jours passés au camp avancé de la Perte du Temps. On a enfin des nouvelles : cinq nouvelles cavités sont découvertes.


Marta à la remontée du SOU 34


Deux puits de 30 et 70m, sans possibilité de suite, sont explorés dans les lapiaz du mont Soublette. Les trois autres cavités sont repérées au contact calcaire-grès, une zone toujours riche en nouvelles découvertes : un puits de 25m en pleine forêt et le gouffre de la Ardilla où l’exploration s’arrête sur un méandre étroit à -70m, sont classés sans suite.

La troisième cavité, le gouffre Juanito, qui s’ouvre entre la Perte du temps et la grotte Là-Bas, est la plus intéressante.
Elle est creusée dans la fracture au contact des calcaires et des grès, et suit le pendage avec une inclinaison de 30° parfois entrecoupé par quelques petits puits. A la seconde séance d’exploration, la rivière a triplé de volume. Nous continuons l’exploration dans de petites galeries fossiles. Quelques mètres plus bas, nous retrouvons le réseau actif avec du courant d’air, mais nous devons arrêter l’exploration : la rivière plonge dans un puits estimé à 30 m, large de 3 m, impraticable. Terminus : -135 mètres. Cette cavité sera à reprendre par des temps plus secs.
Les géologues Fernanda et Sébastian ont collecté de nombreux (et lourds) échantillons de roches et nous devons faire appel à deux sherpas de la base de Guarello (Eric et Gerd) pour aider au démontage et au rapatriment du camp.
L’exploration de cette zone est terminée pour l’expédition 2008.


Marta au passage d'un franctionnement dans le Juanito

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