Avancement de l'expédition 2008

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MISE À JOUR 5 DU 28 JANVIER 2008

 


Extraordinaire ! Nous sortons aujourd'hui d'une période de quatre jours de beau temps presque ininterrompu : seules une soirée puis une matinée sont venus nous rappeler que nous étions encore en Patagonie. Le reste du temps, le soleil était radieux, pour le plus grand bonheur des trois équipes parties en raid ou en camp, c'est-à-dire pour plusieurs jours sur le terrain. Certaines journées sans vent, les zodiacs se déplaçaient sur une mer d'huile, où se reflétaient avec majesté les sommets environnants : le bras de mer du Soplador semblait se souvenir des temps anciens où il n'était qu'un lac de montagne...

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Vendredi 25 janvier

Une équipe part continuer l'exploration de la grotte du Masque : Jean-Marc, Jean-Phi, Laurent, les deux Steph, Olivier. Ils bivouaquent dans la cavité à peu de distance de l'entrée. Sous terre, deux torrents d'égale importance confluent, l'un provient de l'écoulement de deux des trois lacs de surface (perte de la Plume), l'autre du troisième (perte du Masque). Où va ressortir la rivière, qui dépasse au total les cent litres par seconde ? Pour le savoir, elle est colorée avec 5 kg de rhodamine B par Olivier, qui aurait pu y gagner pour quelques jours le sobriquet de Barbe-Rouge... La plus grande partie du temps est consacrée à la topographie et à l'exploration. Le réseau est complexe, il atteint 1200 mètres de développement pour 63 mètres de dénivelée; c'est pour l'instant notre plus belle trouvaille. Les appareils photo crépitent, car les galeries sont belles : concrétions, formes de corrosion, puits et cascades valent leur pesant de pixels.

 

De leur côté, Zape, Marta, Al, Tigrou, et Jean-François partent pour 4 jours vers le camp qui avait été monté par précaution lors de "l'opération Sergio", à la perte du Temps. L'après -midi, ils réalisent une première prospection. Tigrou déplaçant quelques blocs pour s'insinuer dans la perte soufflante d'un ruisseau, au fond d'une vaste dépression envahie de végétation, perturbe l'équilibre d'un éboulis qui se met en mouvement et vient boucher l'entrée. On désobstrue, Tigrou s'insinue et part en exploration, traverse quelques jolies salles, s'arrête devant un boyau trop pentu d'où provient l'air. Ca continue, c'est grand et ça promet ! Il ressort. À peine est-il dehors que l'éboulis se remobilise dans un sourd grondement et vient définitivement reboucher l'entrée... En fait, toute la pente de la doline n'était qu'un éboulis masqué par l'accumulation des mousses. Frayeur rétrospective ! Mais la chance fait partie du jeu.

Incroyable : sous un surplomb de roche voisin, Jean-François découvre les restes d'un foyer, quelques ossements d'oiseaux, et une quarantaine de coquillages. Cet assemblage ne peut être fortuit : les Alakaluf seraient-ils passés par ici, si loin du rivage ? S'agissait-il d'un itinéraire de secours par la terre, en cas de gros mauvais temps sur le Pacifique ? Ou au contraire d'un accès vers la plage, pour y chercher une source de nourriture particulière, une colonie de phoques par exemple ? Ce point de repos est justement situé sur l'accès que nous-même cherchons vers la grotte Baleine...


Le beau temps incite par ailleurs à une reconnaissance par mer vers le porche de la Baleine. Équipé d'une coque rigide et d'un moteur de 70 CV, le gros Bombard DB550 est le bateau de choix pour ces raids. Avec Buldo aux commandes, il emporte Franck, Richard, Luc, Joël, Bruno, ainsi qu'un zodiac de secours pour parer à toute éventualité. Mais si la mer est plate devant Guarello, les conditions changent dès la sortie du seno Azul : la grande houle du Pacifique les y attend. Comme la route qu'ils suivent est parsemée de hauts fonds, cette houle déferle parfois inopinément. Il ne s'agit pas de se trouver là au mauvais moment, dominé par le rouleau... Après une demi-heure de navigation, ils font demi-tour.

Denis et Jo, eux, sont allés poser des fluocapteurs à la grotte de la Moraine, où l'on verrait bien ressortir l'eau perdue au Masque.


Samedi 26 janvier

Le temps est radieux toute la journée. Une deuxième tentative à la Baleine est organisée avec les mêmes, mais c'est pire qu'hier : la mer est plus hachée, la navigation éprouvante. Encore raté ! Pourtant nous sommes passés en 2000, puis en 2006. Mais il ne suffit pas qu'il fasse beau depuis plusieurs jours pour que ça passe... Qu'à cela ne tienne : Luc, Franck, Richard et Joël changent leur fusil d'épaule, refont leur sac et partent cette fois-ci par voie de terre vers le "porche inaccessible". Au soir ils sont au camp du Lac, là où Serge s'était blessé. Le grand lac a baissé, ils pourront demain passer par la grève.

Leur départ est observé par Denis et Jo qui prospectent le contact entre le pied de la falaise calcaire et les grès, sur le flanc ouest du Soplador. Il s'agit de trouver l'origine d'une rivière de débit très variable qui tombe en cascade vers le fond du seno. De fait, ils trouvent une petite galerie raide qui trépane un bombement de la falaise et les conduit droit à une autre entrée plus vaste. C'est un tunnel de vingt mètres sur huit, haut de cinq, s'ouvrant par deux belles voûtes : ce sera la "grotte du Plein Cintre". En son milieu démarre une autre galerie parcourue par un courant d'air soufflant. Ils la suivent, débouchent dans un ruisseau souterrain qu'ils remontent jusqu'à une cascade qu'ils ne peuvent franchir sans équipement. En contrebas du porche inférieur, un nouveau bruit d'eau les attire. Ils tombent sur une vraie curiosité de la nature : le ruisseau issu de la grotte du Plein Cintre traverse souterrainement un éperon isolé constitué d'une roche très particulière : c'est un conglomérat de blocs de lave et de grès prisonniers dans une matrice de calcaire plus clair, qui s'est formé par fusion de la roche au contact d'un filon de lave, un dyke pour les spécialistes. Une fois le calcaire dissous par l'eau, le sol, les parois et le plafond de la galerie apparaissent hérissés de blocs insolubles, créant dans ce "trou de la Brèche" une ambiance très étrange.

Ben, Denis et Bruno vont changer les fluocapteurs de la Moraine, où rien n'est visible à l'oeil nu. En cours de route, Denis à la barre glisse soudain au fond du zodiac et tente malencontreusement de se rattraper à la barre du moteur. L'embardée qui s'ensuit éjecte les passagers : deux hommes à la mer ! Le capitaine, penaud, récupère son équipage. Une fois la tension retombée, un rire homérique secoue l'embarcation !

L'équipe de la perte du Temps est toujours en prospection. Elle parcourt des kilomètres carrés de lapiaz, explore trois gouffres dont l'un est à continuer avec davantage de cordes, escalade le mont Soublette qui offre un panorama inoubliable sur les plages vierges du Pacifique, où les rouleaux déferlent sur le sable, au grand soleil.


Dimanche 27 janvier

Buldo, Denis, Bruno partent pour une séance photo de deux jours à la grotte du Masque. Les deux Stéphane, Laurent et Jo vont continuer, sans réussir à les terminer, les aménagements et la topographie du bassin d'alimentation où a été montée la station météo. La science est une longue patience...

Vers Soublette, Al, Zape, Marta et Tigrou explorent une perte jusque vers -40. Ils s'arrêtent de nouveau par manque de corde, tant il est difficile de concilier un camp de prospection avec l'exploration de cavités un tant soit peu profondes.


Lundi 28 janvier

Départ des deux Stephane, de Jean-Phi et Olivier pour trois jours vers la bande de grès du sud de Madre de Dios. Il faut trouver un emplacement de camp protégé et reprendre des pertes de ruisseaux entrevues lors des raids précédents. Ils s'arrètent au passage à l'un d'elles et la descendent jusqu'à -100, arrêt sur rien.

Au Plein Cintre, Jean-Marc, Laurent et Jo continuent l'exploration. Le réseau n'est pas très étendu mais se développe sur plusieurs étages où des lambeaux d'anciens remplissages glaciaires ont été piégés : ils sont susceptibles d'intéresser nos scientifiques. Finalement, la cavité développe 550 mètres. La journée se termine par la pose d'un luirographe dans une vasque. Il est destiné à suivre les crues du ruisseau, qu'on imagine violentes, sur une durée de deux ans.

À 21H30, l'équipe de la Baleine appelle brièvement par téléphone satellite, depuis leur bivouac installé dans un porche avant la descente de la falaise : ça y est, ils y sont arrivés ! Mais ils ont dû traverser un terrain épouvantable, issu du croisement improbable entre les tsingy de Madagascar et la forêt patagonne : une véritable horreur à négocier avant l'équipement de la paroi de 150 mètres filant sur le porche de la Baleine ! Ils n'ont pu rester que peu de temps dans la grotte, mais ils nous annoncent des découvertes surprenantes pour leur retour demain soir à la base.

A près ces journées intenses et lumineuses, il n'y a qu'une seule ombre au tableau pour ceux qui ne restent que le premier mois : l'échéance de la rotation des équipes par bateau, organisée avec l'aide de Sernatur (Le ministère Chilien du tourisme), se rapproche de plus en plus. Dans une semaine, ils devront laisser la place aux heureux arrivants de février...

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