Avancement de l'expédition 2008

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MISE À JOUR 7 DU 4 FEVRIER 2008


Vendredi 1er février

Explorer Madre de Dios nous a fait développer peu à peu une certaine connivence avec la mer. Pour les spécialistes des grottes que nous sommes, cette proximité n'allait pas de soi... Nous avons d'autre part découvert que les Alakaluf, nomades marins, ont fait pour des raisons évidemment toutes différentes le chemin inverse du nôtre, de la mer vers les grottes, ou du moins les abris, puis vers la terre, jusqu'au coeur même de l'île. La découverte des deux haltes qui jalonnent la grande vallée gréseuse du centre de Madre de Dios : l'abri du Cerfeuil et la doline Calafate, en est une indication. Notre volonté affirmée au fil des expéditions d'appréhender l'île dans sa globalité, et pas seulement au plan spéléologique, nous conduit tout naturellement à nous soucier davantage de ce peuple dont nous ne cessons de croiser les traces. Tout ce que nous avons découvert : habitats, sépultures, peintures rupestres, abris de fortune, tout cela concourt à nous lancer plus avant dans cette étude archéologique, afin de comprendre un peu mieux ces hommes que nous connaissons si mal, et dont le total dénuement dans un milieu aussi extrême a quelque chose de fascinant. La spéléologie mène à tout, à condition d'en sortir !

 

Ce soir l'équipe partie par mer pour le porche et la plage de la Baleine est de retour, et il y a encore du nouveau. Tandis que Stéphane, Laurent et Richard étaient déposés face au porche avec Luc, notre cinéaste, pour en continuer l'étude scientifique et commencer le nivellement et la cartographie détaillée, Buldo jetait dans les rouleaux déferlant sur la plage Bruno et Olivier, équipés de combinaisons de plongée. Ils avaient pour mission de faire une première reconnaissance de cette grande étendue sableuse, longue de près de deux kilomètres et profonde d'environ 500 mètres, dont la moitié arrière est envahie par la végétation, jusqu'aux falaises qui la cernent de toutes parts. Dans celles-ci, ils repèrent au nord une faiblesse, qui monte justement vers l'abri du Cerfeuil : c'est sans doute par là que les Alakalufs devaient accéder à la plage. Ces nomades n'ont pas pu atteindre le grand porche lui-même, qui ne s'ouvre pas là, mais 700 mètres encore plus à l'ouest, et qui est défendu par des falaises plongeant dans l'océan.

Une rivière où s'enfuient des poissons effrayés sinue au milieu des dunes de sable. Elle se dirige vers une zone de buissons hauts et dense, qui les repousse, mais ils voient distinctement qu'elle sort d'un porche, à une centaine de mètres.


Grotte du bout du monde

 

Ce soir l'équipe partie par mer pour le porche et la plage de la Baleine est de retour, et il y a encore du nouveau. Tandis que Stéphane, Laurent et Richard étaient déposés face au porche avec Luc, notre cinéaste, pour en continuer l'étude scientifique et commencer le nivellement et la cartographie détaillée, Buldo jetait dans les rouleaux déferlant sur la plage Bruno et Olivier, équipés de combinaisons de plongée. Ils avaient pour mission de faire une première reconnaissance de cette grande étendue sableuse, longue de près de deux kilomètres et profonde d'environ 500 mètres, dont la moitié arrière est envahie par la végétation, jusqu'aux falaises qui la cernent de toutes parts. Dans celles-ci, ils repèrent au nord une faiblesse, qui monte justement vers l'abri du Cerfeuil : c'est sans doute par là que les Alakalufs devaient accéder à la plage. Ces nomades n'ont pas pu atteindre le grand porche lui-même, qui ne s'ouvre pas là, mais 700 mètres encore plus à l'ouest, et qui est défendu par des falaises plongeant dans l'océan.

Une rivière où s'enfuient des poissons effrayés sinue au milieu des dunes de sable. Elle se dirige vers une zone de buissons hauts et dense, qui les repousse, mais ils voient distinctement qu'elle sort d'un porche, à une centaine de mètres.

Une entrée proche de celle-ci reste aussi à atteindre. La rivière reçoit du nord deux courts affluents provenant de deux résurgences jumelles (200 à 300 l/s) où des siphons les arrêtent bientôt. Au sommet d'un éboulis, tout au nord, un porche s'ouvre à 30 mètres au-dessus de la mer. Bruno et Olivier y parcourent une centaine de mètres dans une vaste galerie de dix mètres de large pour une hauteur de dix à vingt mètres. La suite, plus étroite, demanderait une escalade. Ce sera la grotte du Bout du Monde.
Dans cette partie nord de la plage, qui apparaît comme la plus riche, plusieurs entrées en pied de falaise semblent pouvoir offrir un abri commode. Ils s'y rendent. Ils tombent soudain sur une étrange construction, fermant un de ces abris vers l'extérieur : sur un ensemble de vertèbres de baleines posées au sol en demi-cercle a été érigé une sorte de cloison formé d'os longs placés verticalement, qui était peut-être drapée de peaux d'otarie pour protéger des intempéries l'intérieur de l'abri. Encore les Alakaluf...


Abri réalisé avec des os de baleine


Ils contournent cette structure sans y pénétrer, la réservant pour les archéologues. Au fond de la grotte, un passage bas sablonneux donne dans une seconde salle encombrée d'ossements de cétacés. D'autres abris leurs révèlent encore des ossements de baleine, dont certains sont calcifiés. Une formation stalagmitique est creusé d'un tunnel qui s'avère être l'empreinte en creux d'un os long maintenant désagrégé.

L'heure s'avance. Au sud de la baie, Olivier et Bruno repèrent encore trois petites résurgences et des entrées de grottes, et, au delà de la limite de la plage, encore trois autres vastes porches à atteindre. Ils sont frustrés de ne pouvoir pousser plus avant leurs investigations, mais il leur faut regagner le bord de l'eau. Le zodiac s'approche, un rouleau le pousse vers la plage où il s'ensable, presque à sec d'eau ! Il faut à Buldo toute la puissance des 70 CV du moteur du DB550 pour se sortir de ce mauvais pas. Finalement les plans sont changés et les deux hommes sont récupérés à l'extrémité sud de la plage, au début des falaises d'où ils peuvent sauter dans l'embarcation. Pour rembarquer les topographes du porche de la Baleine, on leur lance une bouée reliée à un bout qui est ensuite tracté depuis le zodiac. Ces récupérations à la commando clôturent une journée fertile en émotions.

Samedi 2 février


La date de la rotation entre les équipes s'approchant à grands pas, seuls les objectifs à la journée deviennent envisageables. Les scientifiques sur le départ bouclent leur programme d'étude. Ils enrôlent les équipiers indispensables pour des tâches certes exaltantes (?) mais qu’il faut mener à bien sous les bourrasques de la pluie omniprésente: relever des fluocapteurs, poursuivre la bathymétrie des senos, ou terminer la topographie des zones d'alimentation des trois grandes cannelures qui ont été appareillées à la station météo de Tarlton. On repère par ailleurs des emplacements possibles pour de futurs camps, ou des points d'accès depuis la côte vers des zones que nous n'avons pas encore parcourues sur Madre de Dios.

Dimanche 3 février

L’équipe de la perte du Temps est de retour, après trois jours dont les deux derniers ont été marqués par une pluie presque incessante, désespérante. Marta, Zape, Tigrou, Stéphane M, Denis, Franck et Alan se sont gelés aussi bien à l’extérieur que lors de leurs explorations, car les précipitations du dehors se traduisent évidemment par des débits accrus en sous-sol. Les puits arrosés mouillent davantage, les bassins à traverser sont pleins, les courants d’air induits par les cascades sont glaciaux…

Ils ont progressé dans trois réseaux intéressants. Le premier exprime bien par son nom les conditions de leurs explorations : c’est la perte de l’Évier, probablement la cinquième entrée du réseau de la perte du Temps, exploré en 2000 sur près de 2,5 km. Proche du camp, cette cavité est constituée d’une succession de petits puits conduisant à un boyau étroit, visiblement ennoyable, suivi d’un puits de 15 mètres qu’ils n’ont pas descendu, vu les risques. Ils sont à la cote -60, mais on ne pourra envisager de pousser plus loin qu’en étant certain de la météo !


Surcreusement au fond d'un petit canyon

Les deux autres pertes s’ouvrent plus loin du camp, dans les grands lapiaz qui montent au nord-ouest vers le pic Soublette, dont la prospection n’a débuté que cette année, et où des formes de corrosion remarquables ont été observées. La perte des Dents s’ouvre au fond d’une grosse doline de vingt mètres de diamètre par un porche monumental de 10 x 10. On y retrouve très vite le ruisseau perdu dans la doline ; il suit un grand méandre coupé de ressauts, haut de 20 mètres pour quelques mètres de large. Deux puits de 8 et 17 mètres conduisent vers la cote -100 où l’exploration a été arrêtée. Mais la cavité se poursuit, dans le réseau actif par un ressaut de 5 mètres arrosé, et aussi par un réseau fossile sec qui a été parcouru vers l’amont sur une centaine de mètres. La cavité paraît prometteuse, car elle se complexifie en prenant une allure subhorizontale qui laisse espérer un développement intéressant.

Le dernier réseau est encore une perte. C’est la Cueva Là-bas, située à une heure de marche du camp. On suit l’eau (20 l/s) dans quelques puits séparés par des tronçons de galerie pentues encombrées d’éboulis. Au bas d’un puits de 40 m, le ruisseau disparaît, la suite est sèche, mais le courant d’air qui remonte la cavité n’en n’est pas moins réfrigérant. Au bas d’un puits de 27 m se présente un grand plan incliné à 45°, suivi d’un ressaut de 15 mètres donnant dans l’un des plus grands vides que nous ayons trouvé en Patagonie : une salle de 50 m sur 30, dont les frontales électriques percent difficilement l’obscurité d’encre. Au fond, entre les blocs, un puits de 15 m débouche dans la grande galerie ébouleuse terminale : 8 m de large, 20 m de haut, 100 m de long. On y retrouve l’eau, mais dont le débit a décuplé entre temps. Elle se jette presque immédiatement dans les eaux noires d’un magnifique siphon de 25 x 6 m qui scelle la galerie. L’ensemble descend à la cote -233 m pour un développement de 600 mètres.


Le grand lapiaz de Soublette est décidément prometteur ! Avant de redescendre à la base, l’équipe démonter les tentes pour ne pas que nous nous dispersions dans trop de camps différents en même temps, mais elle laisse sur place des cordes, du matériel d’exploration et des bâches. Quant à la perte des Dents, elle reste équipée jusqu’à la reprise des explorations.

Les 21 membres de l’expédition sont maintenant à la base, dans l’attente de l’Explorador Patagonia, le bateau qui doit acheminer depuis Puerto Natales, à 200 km plus au sud, la relève de février et quelques officiels et invités, avant de rembarquer les neuf qui rentreront en France. Mais nous sommes en Patagonie ! Aux dernières nouvelles, le vent qui souffle là-bas en tempête empêche tout appareillage : le port est fermé jusqu’à nouvel ordre. Qui vivra verra… Le Delfin, le bateau bimoteur mis à notre disposition par la CAP, et dont nous disposerons ici pendant dix jours est par contre bien parti de Punta Arenas : nous l’attendons cet après-midi. Il doit entre autres nous conduire vers le nord de Madre de Dios, dont les lapiaz vierges, qui nous tentent depuis de si longues années, seront enfin à notre portée…

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