Biodiversité des eaux douces de l’archipel
Marc Pouilly – IRD
Thibaut Datry – Cemagref
Sept à huit mètres d’eau ! C’est la quantité de précipitations qui tombent sur l’île de Madre de Dios chaque année. Les pluies presque constantes tout au long de l’année marquent un pic en fin d’été en mars-avril.
Le massif de l’île est constitué de roches sédimentaires du Paléozoïque supérieur, (300Ma) imperméables (grès) ou perméables en grand (calcaire) et de roches granitiques (Batholithe patagon du Crétacé). Jusqu’à 50 ou 100m d’altitude, l’île est colonisée par des forêts basses (<15m de hauteur) qui ne présentent qu’un sol organique mal décomposé. Elles sont composées principalement de Nothofagus couverts de mousses et de lichens. L’association de ces terrains et de l’énorme quantité d’eau de pluie, génère un réseau hydrographique riche et diversifié en altitude (lacs et rivières d’altitude sur les grès, pertes et rivières souterraines dans les calcaires) comme au niveau de la mer (résurgences et rivières côtières).
La petite taille des îles, le manque de couvert végétal en altitude et de sols constitués, ne permettent aucun effet tampon sur le drainage et l’écoulement des eaux de pluies. A chaque averse le débit augmente mais à chaque accalmie il diminue. Au grés des intempéries, les débits peuvent être multipliés ou divisés par un facteur 100 en moins de 24h00. En bord de mer, les rivières sont de tailles modestes (inférieure à 10m de large et 1m de profondeur), toujours très courtes (<500m) ; elles peuvent un jour inonder les forêts rivulaires et le lendemain ne présenter qu’une succession de trou d’eau.

La localisation géographique de l’île, exposée sur la bordure pacifique à 50°20’ de latitude sud, ses caractéristiques hydrographiques et hydrologiques, le récent retrait des glaces (15 000 ans environ) sont un défi pour la colonisation des systèmes d’eau douce par les organismes tels que les poissons et les invertébrés. Pourtant, les premiers inventaires de la biodiversité d’invertébrés aquatiques réalisés lors de l’expédition de 2006 ont révélé une richesse surprenante pour un site accumulant autant de contraintes actuelles et historiques. L’expédition de 2008 aura pour objectif de compléter cet inventaire en incluant notamment une recherche plus importante sur les poissons.

On recherchera par le biais de ces inventaires à comprendre l’origine de cette biodiversité, en relation avec l’histoire climatique récente :
- Si, comme le suggèrent les hypothèses actuelles, l’île était encore complètement couverte par les glaces il y a 20 000 ans, comment les rivières ont-elles pu être colonisées de manière si importante et en si peu de temps, et à partir de quelle source de colonisateurs ?
- Au contraire, la biodiversité actuelle peut-elle servir d’indicateur à une hypothèse qui considèrerait Madre de Dios comme un refuge pour la vie, du fait de sa situation en bordure du Pacifique, lors du dernier épisode glaciaire ?