classe_de_5e1. Questions sur les peintures rupestres et le peuple Kawésqar

Bonjour,

Nous sommes les élèves du collège Mario Belaygue de 5°1, ayant lu votre réponse à propos de la préhistoire, nous avons eu l’idée de vous présentez les grottes de l’Ariège , celle de Niaux et de son musée ( très connue pour leurs peinture préhistorique ) .
Dans votre réponses vous nous avez parlez de la grotte du Pacifique découverte en 2006 .
Donc nous souhaiterions vous demander :
1) Peut-on poser des questions pour vous au musée de la grotte de Niaux à propos des peintures rupestres?
2) Pourrions nous comparer les peintures ariégeoises et celles découvertes en Patagonie ?

Ensuite nous avons appris pour votre rencontre avec les représentants du peuple Kawésqar et nous souhaiterions aussi vous demander si vous pouvez leur poser les questions suivantes :
Qu'est-ce que cela signifie être nomade en Patagonie aujourd’hui ?
Existe-t-il une différence homme, femme par rapport au travail ?
Comment s'organise vos journées ?
Comment vous protégez vous du froid ?

Louise, Saori, Eléana, Eva pour la classe de 5e1

Réponses

  • Bonsoir à tous,
    J'ai eu la chance de voir le Salon Noir à Niaux (impressionnant) et j'ai aussi eu la chance de participer à l'expédition de 2006 durant laquelle nous avons découvert la grotte du Pacifique. C'est la grotte où nous avons trouvé les peintures rupestres les plus importantes. Mais nous avons aussi découvert des traces ocres plus discrètes dans d'autres grottes.
    Évidemment, vous pouvez discuter avec les personnes du musée de Niaux. Ce sont des spécialistes de préhistoire et ils pourront vous renseigner avec précision. On peut tout à fait comparer les deux types de peintures présentes à Niaux et celles présentes à la grotte du Pacifique. Le point commun essentiel est qu'il s'agit de représentations figuratives en grottes et que ces représentations sont sans doute symbolique. Mais il existe aussi d'importantes différences :

    • A Niaux, les œuvres sont éloignées de l'entrée alors qu'à la grotte du Pacifique, elles sont dans la zone de pénombre.
    • A Niaux, la couleur noire prédomine alors qu'en Patagonie, c'est l'ocre qui prédomine
    • Niaux est attribuée à une période assez ancienne (fin du Paléolithique supérieur, vers - 15000 ans) alors que l'occupation à la grotte du Pacifique est sans doute postérieure à -3000 ans. Cela nous le supposons car la grotte devait être occupée par la mer à ce moment là et les œuvres sont donc faites après.

    Vous trouverez pleins d'infos sur Niaux au musée de Niaux. Pour la grotte du Pacifique, vous pouvez consulter cet article qui a été publié dans la revue INORA. C'est une revue internationale sur l'Art rupestre et devinez où elle est publiée ? A Foix, dans l'Ariège.... Comme quoi, la Patagonie nous ramène aussi vers l'Ariège, un très beau département pour ceux qui s'intéressent à la Préhistoire.

    https://www.icomos.org/images/Doc_centre/PDF/INORA/Inora_58_2010_1_totalit__small.pdf

  • 13 Feb modifié

    Je vous félicite de votre intérêt pour l'art rupestre.
    Je confirme que le Salon Noir de la grotte de Niaux est une pure merveille, qui montre les qualités artistiques des hommes depuis la nuit des temps.
    Je vous encourage aussi à aller visiter aussi, pas très loin de chez vous, la grotte de Gargas, (http://www.grottesdegargas.fr) où on trouve le plus grand nombre de mains négatives d'Europe.
    Cet exemple vous permettra de comprendre que partout sur la planète, à des périodes différentes, l'homme a laissé des traces peintes identiques dans les grottes ornées.
    C'est ce que les ethnologues appellent des "universaux" c'est à dire des activités humaines symboliques, communes à l'humanité toute entière, à des époques où évidemment ni Internet ni les avions n'existaient et où l'on pourrait croire que chaque groupe humain, dispersé dans des parties très isolées, n'avaient pas de communication ou d'échange possible.
    Or, il se trouve que tout récemment des archéologues chiliens en mission autour du cap Horn ont trouvé une grotte avec une main négative ! On obtient ça en projetant de l'ocre sur une main posée à plat sur la paroi. Quand on l'enlève, on découvre la "main négative" autour d'un halo de peinture.
    On en trouve en Australie, en Asie, en Afrique, en Europe, en Amérique, et donc maintenant également au cap Horn, la partie la plus australe de la Terre, Antarctique exclue.
    Évidemment, on ne peut pas dire qu'une main négative laissée dans un abri-sous-roche par un Aborigène australien, il y a 100 ans, signifiait la même chose qu'une main négative comme celles que j'ai pu découvrir à Bornéo, datée de 37.000 ans !

    Concernant la seconde partie de vos questions :

    • Nomade aujourd’hui ? Aujourd'hui les "nomades de la mer" que l'on a rencontré sont des survivants d'un mode de vie ancestral qu'ils ne pratiquent plus. On pense que leur nomadisme a évolué à partir des années 1930 vers un nomadisme partiel, puis ils ont adopté progressivement un mode de vie sédentaire. Cela ne signifie pas qu'ils n'allaient plus dans les canaux pour pêcher ou chasser, mais ils ont construit des maisons à Puerto Eden qu'ils habitent toute l'année maintenant.

    • La différence homme/femme. Ce que les rares études ethnologiques ou les rares témoignages de voyageurs qui ont rencontré ces populations nomades jusqu'aux années 1950, montrent c'est que comme toute société nomade, c'était une société égalitaire, organisées en petits clans, en gros une famille au sens élargi, où les hommes pouvaient avoir plusieurs épouses. Elles avaient une spécialité, celle de savoir nager, car c’étaient les femmes qui plongeaient nues dans la mer, le corps protégé de graisse d’otarie, pour pêcher les moules et les oursins, qui étaient la base principale de leur alimentation. En cas de naufrage, les femmes survivaient plus que les hommes, car elles savaient nager ! Il semble aussi que dans la conduite du canot, elles pagayaient comme les autres… et que l’homme dirigerait le canot.

      • Enfin, comment se protégeaient-ils du froid ? Les nomades de la mer ont été vus dès leur découverte comme des population étonnantes, car ils allaient nus dans leurs canots, avec juste des pelisses en peaux d’otarie sur les épaules. En fait, quand il pleut tout le temps, il vaut mieux vivre nu, avec de la graisse de phoque sur la peau, que porter des vêtements détrempés qui ne sèchent jamais… Comme il n’avaient nulle obligation autre que se nourrir, ils avaient tout loisir de rester dans leur hutte autour du feu, hommes, femmes et enfants, avec leurs chiens quand il faisait trop mauvais.

    Luc-Henri

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