Centre Terre, une association membre de la Fédération Française de Spéléologie, agréée Education Nationale


Chronique du 3 février 2019

Semaine folle au Barros Luco : les premières tombent

Depuis le dimanche 27, tous les équipiers de janvier sont réunis dans le Barros Luco. Soit 30 personnes ! Deux Chiliens, Franz Kroeger et Ronald Larenas, représentants du Ministère des Biens Nationaux, font partie du groupe. Ils vont rester une semaine avec nous pour consolider le dossier de pré-inscription de Madre de Dios au patrimoine mondial de l'Unesco.

Le soir, une réunion-briefing-planning a permis de définir les objectifs à venir, et notamment de tout faire pour que ceux qui vont rentrer en France début février puissent profiter au maximum de leur dernière semaine. Il n'y a pas de temps à perdre : d’ici 6 jours, ils vont reprendre le bateau, a priori via le passage des Indiens qui relie le Barros Luco et le seno Egg. Là, une vedette rapide de l'Armada du Chili va les rembarquer et déposer les "aoûtiens". Natalia a fort à faire pour gérer à distance leurs transferts, bus, hôtel, etc.

Lundi 28 janvier

Les varves glaciaires de la Punta Blanca

Entrée de la Punta Blanca.
Entrée de la Punta Blanca.
Charlotte dans un passage bas de la Punta Blanca
Charlotte dans un passage bas de la Punta Blanca
Les galeries ont des formes généreuses et originales
Les galeries ont des formes généreuses et originales
Remarquable cupules d'érosion sur les parois
Remarquable cupules d'érosion sur les parois
Stéphane rectifie la coupe des varves glaciaires
Stéphane rectifie la coupe des varves glaciaires
Les dépôts glaciaires
Les dépôts glaciaires

La météo n'est pas trop mauvaise. Trois équipes partent sur le terrain, à bord du Don Arturo, suite aux restrictions de consommation d’essence des Bombard fixées par Bernard. Entre deux déposes, le Don Arturo revient dans la baie Última Patagonia pour le déchargement de ses cales. Il va rester à notre disposition jusqu'au début février.

Une équipe, avec Richard, Stéphane J, Serge, Laurent, Charlotte, accompagnés de Bertrand et Christian pour le cinéma, rejoint la grotte de la Punta Blanca, explorée en 2017 sur 2 640 m de développement. Cette cavité au profil plutôt horizontal, se situe à peine quelques dizaines de mètres au-dessus de la mer. Elle présente des conduits souvent très larges, où s'accumule du "pop-corn", des concrétions caractéristiques de l'évaporation due au courant d'air assez fort qui parcourt les galeries. Preuve supplémentaire, Richard observe même des stalactites qui se sont développées à l'horizontale ! Le sol est souvent occupé par des galets qui ne sont pas de nature calcaire, mais formés de débris de roches volcaniques ou granitiques, probablement transportés par les glaciers, et qui ont été happés dans les cavités à la fin de l'ère glaciaire.

L'objectif principal de cette visite est de prélever des varves glaciaires, que Richard avait repérées en 2017. Cette accumulation, sur plusieurs mètres de haut, de couches de dépôts (résidus du broyage des roches par les glaciers, allant de la "farine" au galet roulé) témoigne d'une époque "tardi-glaciaire" (c’est-à-dire à la fin de la dernière glaciation) où d'énormes quantités d'eau dues à la fonte estivale mettaient en charge les cavités. L’eau déposait alors de fins limons dans les parties basses, ennoyées, de la cavité. Puis une circulation en rivière est venue éroder et décaper ces sédiments, laissant parfois de véritables coupes naturelles de varves glaciaires accumulées. On peut y retrouver les conditions climatiques qui ont présidé à leur dépôt. Stéphane et Charlotte procèdent au prélèvement, il s'agit de planter dans la "paroi" une cornière en aluminium en forme de « U », dans laquelle on pourra conserver les sédiments, même les plus fragiles, jusqu'au laboratoire. Les analyses ultérieures permettront de remonter dans le temps, depuis la fin de la période glaciaire, pour mieux comprendre les transitions entre le régime des glaciers et celui des karsts.

Belle première en siphon

Pendant ce temps, dans la même baie de Punta Blanca, les plongeurs (Loïc et Clément) explorent une résurgence sous-marine aperçue en 2017, mais non explorée.  Elle se voit depuis la surface, trahie par son gros débit consécutif aux précipitations de la veille. L’eau sort d’un orifice situé à 3 m de profondeur. Le courant est violent, d'autant que la section de la bouche n'est pas très grande.

Chacun étant équipé d'un recycleur (avec en sécurité deux bouteilles de 7 litres), ils peuvent réaliser des plongées particulièrement longues. Comme son nom l'indique, cet appareil respiratoire recycle l'air expiré par le plongeur : il traverse une préparation de chaux qui absorbe le CO2 émis par l'organisme. Une petite bouteille d'oxygène compense les 2 % d'oxygène consommés par le plongeur, pour fournir un air parfaitement respirable, et ainsi de suite.

Clément déroule le fil, et Loïc le suit avec la caméra sous-marine. Après 50 m de progression il n'y a plus que de l'eau douce, avec une bonne visibilité. Ils changent de rôle, et Loïc cherche la suite dans un conduit toujours assez petit, avec des départs un peu partout. Cela ne passe plus, alors ils rebroussent chemin, puis trouvent la suite : un puits qui descend à -29 m, avant de remonter doucement et de ressortir… Au débouché de ce premier siphon (S1), un puits de 10 m communique avec la forêt extérieure ! Le second siphon, S2, est franchi à son tour, après 150 m de progression avec un point bas à 27 m ! De là, ils remontent sur 50 mètres une galerie exondée, grimpant un ressaut de 5 m, et trouvent un troisième siphon… Un joli coup, à continuer ! Baptisée résurgence Hongos (champignon), elle fournit 370 m de siphon en une seule séance plongée, avec une suite prometteuse…

Vers 19 heures, le Don Arturo vient les chercher pour les ramener au camp. L'usage de ce bateau est doublement intéressant : il peut affronter les vagues souvent fortes dans l'entrée du Barros Luco, et permet de convoyer plusieurs équipes d’un coup.

Grotte des Quatre Entrées Plus Une

Vue de la grotte des Trois Entrées Plus Une (en bas à gauche) et du porche supérieur de la grotte des Quatre Entrées Plus Une... Au pied, une forte résurgence sort d'une trémie de blocs impénétrable.
Vue de la grotte des Trois Entrées Plus Une (en bas à gauche) et du porche supérieur de la grotte des Quatre Entrées Plus Une... Au pied, une forte résurgence sort d'une trémie de blocs impénétrable.

À l’opposé de la Punta Blanca par rapport au camp de base, cette grotte se situe à proximité de la grotte des Trois Entrées Plus Une, la plus longue de Madre de Dios avec 2 779 m topographiés. L'exploration, laissée en suspens faute de matériel par Sébastien, Jean-Phi et Georges, reprend ce lundi 28 janvier. Stéphane Maiffret remplaçant Sébastien. Le réseau monte, il faut enchaîner les escalades, menées par Jean-Phi assuré par Georges, tandis que Stéphane leur colle aux basques, en relevant la topographie.

Hélas, cette grotte semble être un réseau supérieur qui remonte dans le massif. Il communique avec l'extérieur par une série de porches qui s'ouvrent sur une faille inclinée. La perspective de la relier avec la grotte voisine des "Trois Entrées plus Une" s'éloigne. Les eaux se retrouvent peut-être plus bas, mais les spéléos ne peuvent suivre…

La cavité est déséquipée dans la foulée.

Camp avancé aux Sumideros

Progression vers le camp Sumidero
Progression vers le camp Sumidero
Arrivée au camp avancé Sumidero 2, blotti dans un bosquet
Arrivée au camp avancé Sumidero 2, blotti dans un bosquet
La marche dans les tourbières d'altitude
La marche dans les tourbières d'altitude
Passage de forêt de nothofagus
Passage de forêt de nothofagus
Laurence chauffe de l'eau au camp
Laurence chauffe de l'eau au camp

Arnaud, Sylvain, Sébastien et Laurence lancent le premier camp avancé de l'expédition sur la zone dite des Sumideros (des "pertes" en espagnol), déjà atteinte en 2017, qui se situe en altitude, au nord-est du camp de base. Une bande de grès y est drainée par des rivières qui se perdent dans des gouffres en atteignant le contact du grès et du calcaire. À 15 heures, après de longs préparatifs, ils se mettent en route : l'accès est bien connu depuis 2017, c'est le seul qui se fasse à pied directement depuis la cabane. Montée au col, vue sur le Pacifique, passage du col qui donne accès au "plateau norvégien", sans arbre. Puis la traversée d'une bande de forêt primaire majestueuse donne accès à la zone des pertes, série de vallonnements plantés d'arbres. Ils dépassent l'ancien camp Sumidero pour implanter le nouveau plus près de leurs objectifs : une série de pertes repérées sur photos aériennes. Quelques jours plus tôt, Jean-Phi, Clément et Charlotte avaient déposé trois kit-bags de matériel dans la zone, avec tentes, réchauds, lyophilisés, cordes et amarrages. Hélas, les coordonnées GPS de la dépose s’avèrent fausses… Il leur faudra près d'une heure pour retrouver enfin les trois kits, in extremis car un retour au camp de base trottait déjà dans les esprits ! Les deux tentes sont installées dans un lieu abrité du vent, non loin d'un lac, avec une bâche faisant avancée pour les repas en commun.

Mardi 29 janvier

Il nous faut d'abord terminer le transfert du matériel, vivres, équipements, qui restent encore à fond de cale du Don Arturo, ce qui se fait à l'aide du treuil de Florian, sur une tyrolienne en câble acier de 12 mm de section de 140 mètres de portée. C'est long, mais tout y passe, les bidons pléthoriques et démesurés des plongeurs comme les malles cinéma, les sacs de vivre, les bidons d'essence, les bouteilles de gaz ou la cuisinière de l'équipe du glacier…

L'après-midi, les équipes partent enfin vers leurs objectifs de la journée.

Au camp Sumidero, ça ne passe pas

Il a grêlé et neigé toute la nuit. Au matin, il subsiste des grêlons dans les creux de la végétation. Heureusement, nous sommes en été ! Laissant volontairement le gouffre de Lagrimas aux équipiers de février (cavité explorée en 2017 avec un arrêt sur rien vers -120 m), ils se dirigent vers le nord où des entrées ont été repérées sur photos aériennes. Dans la première, un joli ruisseau de surface finit dans un éboulis impénétrable. La seconde, idem. La pluie et la grêle alternent quand ils arrivent sur la troisième : le gouffre de l'Arche, très esthétique, qui se termine de la même navrante façon. Au retour, ils passent par le calcaire dans l'espoir d’y dégotter un gouffre, mais le terrain semble trop fracturé pour qu’y subsistent des entrées pénétrables. Seule une grotte qui se continue par un puits semble intéressante ; à revoir… Les voici en bordure d'une forêt, avec 1,3 km à traverser selon le GPS. Un trajet qui leur demandera trois heures. La forêt est magnifique, truffée de failles et de troncs enchevêtrés, noyée sous une accumulation de mousses et de lichens. Près du camp, une perte est vue, avec un gros cône d'éboulis, où se jette la rivière. Un passage bas se présente, mais il faut ramper : pas de sécurité en cas de crue, dommage !

L'accès au plateau

Bernard souhaite ouvrir un troisième accès au plateau calcaire de la partie nord de l'île, au niveau de la grotte des Trois Entrées Plus Une. Une équipe constituée de Sylvain, Clément, et Jean Phi, s’y est déjà cassé les dents. Une seconde reprend l’attaque via le seno qui se termine à la reculée de la grotte de la Petite Chinoise. Ici, les calcaires arrivent jusqu'au bord de la mer. Les lapiaz, en pente raide, sont sertis de végétation. Machette en mains, ils cherchent un passage, mais sans succès. Deuxième coup dur dans cette zone !

Des carottes dans le lac José

A bord du petit Bombard rouge, Stéphane et Laurent effectuent le relevé bathymétrique
A bord du petit Bombard rouge, Stéphane et Laurent effectuent le relevé bathymétrique
Vue large de ce lac situé juste au-dessus de la cabane, que nous dédions à notre ami José.
Vue large de ce lac situé juste au-dessus de la cabane, que nous dédions à notre ami José.

Au camp de base, un étrange équipage progresse vers le petit lac que nous utilisons pour capter l'eau alimentant la cabane. Un Bombard rouge vif, porté par quatre solides gaillards, quitte l'horizon marin pour ce lac, baptisé du prénom de notre équipier disparu en 2018, José Mulot. Stéphane assisté de Laurent entend établir la bathymétrie du lac et carotter les limons accumulés au fond, tandis que, sous l'eau, Cyrielle aide à la manœuvre pour récupérer au mieux l’intégralité des carottes. Le lac fait 4 m de profondeur maximale, et deux carottes de 0,60 et 1,30 m sont prélevées au centre du lac…

Mercredi 30 janvier

À la recherche du corail (encore…)

Yan prêt à suivre Cyrielle pour le film
Yan prêt à suivre Cyrielle pour le film
Cyrielle remonte à bord du Bombard, Laurent Mestre va suivre, aidé de Laurent Morel en sécurité.
Cyrielle remonte à bord du Bombard, Laurent Mestre va suivre, aidé de Laurent Morel en sécurité.
Cyrielle découvre enfin des coraux rouge
Cyrielle découvre enfin des coraux rouge
Les formes étonnantes des coraux
Les formes étonnantes des coraux
Corail colonisé par des gorgones.
Corail colonisé par des gorgones.

Laurent, Loïc et Cyrielle se mettent à l'eau sur la plage de la Petite Chinoise pour une plongée de reconnaissance des fonds marins (15 minutes, -23 m), puis ils tentent leur chance près de l'île Renato, dans l'axe du courant dominant du Barros Luco. Depuis trois semaines Cyrielle cherche du corail sans succès. C'est en ciblant les données environnementales idéales pour la présence de corail : eau froide, profondeur pas trop grande, courant important, que la rencontre se produit enfin ! À 22 m de profondeur, elle trouve quelques branches rouge vif (errina antarctica) en saillie sur la paroi et même des gorgones (gorgonocephalus). Il faudra revenir avec la caméra !

Plongée à la Petite Chinoise

En plongée dans la Petite Chinoise
En plongée dans la Petite Chinoise

Mowgli et Vincent s'étaient arrêtés en 2017 dans le siphon de la Petite Chinoise à la profondeur de 39 mètres. Clément et Loïc se mettent à l'eau, avec Laurent Mestre en sécurité ; il vérifie l'état du fil dans le siphon 1. Encore une fois, le savoir-faire de nos plongeurs va faire merveille. Le siphon 1 mesure 35 m avec un point bas à - 5 m. L'inter-siphon est en fait une rivière souterraine qui occupe toute la largeur de la galerie, avec un courant assez fort. Arrivés au terminus 2017 de Vincent, soit 25 m parcourus dans le siphon 2, ils raboutent leur fil et continuent tous deux, tandis que Laurent fait demi-tour. La galerie mesure 5 m de haut par 10 de large ! Elle continue dans la même direction (nord-nord-est). À -50 m, les voici dans une salle de 15 x 15 m. Ça continue dans une galerie plus étroite, en pente douce, avec un lit de petits galets lisses. À -62 mètres, cote maximale prévue pour les plongées envisagées sur l’expédition par mesure de sécurité, ils font demi-tour. À ce point, la galerie continue dans la même direction, plus horizontale… Ils ont rajouté 71 m de longueur dans le siphon. Vue la profondeur atteinte, il semble difficile de faire mieux. Le retour se fait en levant la topo, et se termine avec 15 minutes de palier entre - 9 et - 6 m (eau à 5 °C).

En altitude

Au camp Sumidero 2, la nuit a été bonne malgré les pluies. Au réveil, une petite accalmie permet de sécher les vêtements trempés la veille. Ils décident de continuer la prospection, mais sur les plaines de la Garganta et de l'Utero (deux cavités majeures explorées ou revisités en 2017). Retour à la cabane sans une seule nouvelle cavité. Bref, à part la perte Lagrimas, à terminer en février, le secteur semble terminé.

Ouverture vers les plateaux

le Don Arturo a déposé une équipe qui grimpe sur les lapiaz au-dessus de la grotte des Trois Entrées
le Don Arturo a déposé une équipe qui grimpe sur les lapiaz au-dessus de la grotte des Trois Entrées
Un passage est enfin trouvé !
Un passage est enfin trouvé !
Un dyke volcanique, protégé de l'érosion, en saillie dans le calcaire.
Un dyke volcanique, protégé de l'érosion, en saillie dans le calcaire.
Un beau lapiaz, un beau rocher, laisse augurer de belles premières, ce sera pour l'équipe de février.
Un beau lapiaz, un beau rocher, laisse augurer de belles premières, ce sera pour l'équipe de février.
Georges, Sebastien et Jean-Philippe s'apprêtent à passer quelques jours en altitude
Georges, Sebastien et Jean-Philippe s'apprêtent à passer quelques jours en altitude

Bernard ne lâche pas l'affaire et c’est une forte équipe, constituée de Jean-Phi, Stéphane M, Charlotte, Jean-Marc, Lionel, Denis, Franz et Ronaldo, qui part avec la ferme intention d'ouvrir un accès vers le plateau. Cette fois sera la bonne ! Le "sentier" ne semble même pas extrême, à part quelques passages en escalade, équipés de cordes à nœuds laissées en fixe. Ils trouvent de belles formations rocheuses, avec des gouffres visibles, dont un puits estimé à plus de 80 mètres ! On va enfin pouvoir lancer des camps pour explorer ce plateau calcaire très prometteur. Quelques kits de matériels et de vivres sont laissés sur place pour les suivants.

Jeudi 31 janvier

Le tour du propriétaire

Pour le dernier jour de janvier, Natalia, Richard et Sylvain accompagnent Franz et Ronaldo, les deux représentants du ministère des Biens Nationaux, venus tout spécialement sur cette expédition UP-2019, pour faire… le tour du propriétaire. En effet, le ministre a décidé d'attribuer une concession de 50 hectares à Centre Terre autour de la cabane ! Un acte de reconnaissance par le Ministère des Biens Nationaux de plus de vingt années de travail mené par Centre Terre sur Madre de Dios. C’est également une responsabilité pour Centre Terre et plus précisément pour la toute neuve Association de Spéléologie de Patagonie (Asociacion Espéléologica de Patagonia, AEP) dirigée par Natalia. Une fois en fonctionnement sur Puerto Natales, l’AEP assurera la continuité des explorations et des travaux menés sur Madre de Dios.

Inventaire et sorties terrain

Laurence consacre cette journée à dresser l'inventaire des stocks de vivres et des boissons. Faut-il commander des compléments que les équipiers de février devront apporter en bateau ? En fin de compte, il semble que les stocks soient suffisants, mais on va quand même compléter avec un peu de charcuterie et du frais : produits laitiers, fruits et légumes.

Ce matin, c'est le branle-bas de combat. Trois équipes partent vers la grotte des Trois Entrées Plus Une. La première pour installer un camp d'altitude sur le plateau calcaire, la seconde pour prélever des bactéries à l'entrée de la grotte et réaliser une plongée filmée sur les coraux rouge ; la troisième ira crapahuter jusqu'au fond de la grotte pour prélever une stalagmite pour les besoins de la science. Tout ce beau monde embarque dans le Don Arturo, dont le capitaine, Eduardo Antigual assisté par Sergio Ojeda, n'hésite pas à approcher la proue de la falaise pour débarquer les explorateurs sans plus de façon…

Le camp altitude 3

Le camp installé au fond d'une doline
Le camp installé au fond d'une doline
Progression sur le lapiaz depuis le camp Altitude III
Progression sur le lapiaz depuis le camp Altitude III
Vue vers l’ouest depuis le plateau Altitude III.
Vue vers l’ouest depuis le plateau Altitude III.
Un confort agréable pour lutter contre la pluie et le froid
Un confort agréable pour lutter contre la pluie et le froid
Prospection sur les calcaires
Prospection sur les calcaires
En explo dans une petite grotte qui continue par un puits à descendre, prometteur
En explo dans une petite grotte qui continue par un puits à descendre, prometteur

Les premiers à débarquer sont les candidats à l'exploration du plateau : Georges, Florian, Sébastien, Jean-Philippe. Lourdement chargés, ils sont aidés pour le portage du matériel par Arnaud, Loïc et Clément qui redescendront le soir même.

À la recherche d'une stalagmite

Entrée de la grotte des Trois Entrées Plus Une
Entrée de la grotte des Trois Entrées Plus Une
Charlotte aux anges : elle a trouvé l'objet de sa thèse !
Charlotte aux anges : elle a trouvé l'objet de sa thèse !
Les stalagmites sont rares en Patagonie, celle-ci se situe à 2 km de l'entrée, au fond de la grotte des Trois Entrées Plus Une...
Les stalagmites sont rares en Patagonie, celle-ci se situe à 2 km de l'entrée, au fond de la grotte des Trois Entrées Plus Une...

Les stalagmites ne sont pas que décoratives. Elles sont susceptibles de livrer toutes sortes d'informations sur le passé, et notamment sur le climat qui régnait sur le massif calcaire durant leur croissance. Charlotte, qui commence sa thèse sur le paléoclimat à l'université d'Innsbruck, rêve d'en ramener une.

Mais les stalagmites sont denrée rare sur Madre de Dios ! Les conditions pour leur formation ne sont pas toujours réunies dans les cavités récentes qu’on y rencontre. Cependant les explorateurs de 2017 en ont photographié quelques-unes, tout au fond de la grotte des Trois Entrées Plus Une, à près de 2 km de l'entrée… Une paille.

Ils commencent par filmer l'installation d'un capteur d'ultrason dans le porche de la grotte, en liaison avec un chercheur chilien spécialiste des chauves-souris. On espère attester leur présence au moyen d'enregistrement des ultrasons qu’elles émettent, à défaut d'en avoir vu une seule. Puis ils filent dans la cavité pour une laborieuse progression vers le fond. Deux équipes se forment naturellement, avec Charlotte, Bernard et Bertrand devant, suivis de Lionel, Denis et Stéphane M. Petit gag, Denis perd son bloqueur en bas d'un puits-faille étroit où Stéphane le récupère, déchaussé, par les orteils… Plus loin, nouveau gag pour l’équipe deux : la corde est lovée en haut du puits à descendre ! Les autres ne sont pas passés ici… Marche arrière, retrouvailles, l’équipe un était partie vers un ancien fond. Reprise du bon chemin. Enfin, après 3 heures de progression, voici les deux stalagmites ! Charlotte a l'œil qui brille, elle fait son choix et prélève proprement la stalagmite avec son socle… Trois bons kilos à ramener…

Au retour une partie de l'équipe vérifie des points topo défaillants de 2017. La sortie à l'air libre se fait à 21 heures. Il ne reste plus qu'à trouver où le Don Arturo a amarré le C5 Bombard pour rentrer, à petite vitesse et dans la nuit tombante, vers le camp de base.

À la recherche des bactéries

Laurent Morel a été sollicité par une collègue spécialiste des bactéries en milieu extrême, pour ramener quelques échantillons prélevés en milieu souterrain. Les bactéries sont partout sur notre terre. On suppose même que la vie a commencé par elles. En biomasse et en biodiversité, les bactéries sont number one sur la planète ! Elles résistent à tout, digèrent tout, sauf la radioactivité… Elles ont colonisé la terre il y a environ 3,6 milliards d'années !

Mais pour en prélever, quel que soit le pays, il faut des autorisations de sortie des échantillons. Ils seront donc remis à l’équipe de relève de février qui comprend deux spécialistes chiliens en microbactériologie.

La grotte des Trois Entrées Plus Une est toute indiquée à cet effet. Accompagné de Cyrielle, qui surveille le protocole, et sous la caméra de Luc, Laurent prélève des échantillons à quelques endroits judicieusement choisis : là du sable, ici des concrétions visiblement dégradées par des bactéries, ici enfin dans un secteur plus humide.

À la sortie, Luc réalise 430 photos du site archéologique situé dans le diverticule du porche 2 de la grotte, site repéré dès 2008 lors de la découverte des lieux. Il présente des traces de foyers, de nombreux restes alimentaires (moules, patelles, os d'otaries, etc.) et surtout un muret composé de blocs aménagés. C'est un site typique d'habitat temporaire des Indiens Nomades de la mer.

Et une plongée sur les coraux !

Une fois sortie de la grotte, Cyrielle retourne avec Laurent Mestre et Yan filmer en plongée le secteur du corail rouge, Luc assure la caméra de surface. Entre 13 et 28 m, ils peuvent à loisir observer un grand nombre de colonies de coraux rouges (60 % sont colonisés par d'autres espèces, entre autres des crinoïdes, des gorgones ou des bivalves). À noter la visite d'un groupe de dauphins venus les rejoindre au début de la plongée.

Vendredi 1er février

Et encore des coraux !

Ici, il n’est pas facile de se déplacer où l'on veut et quand on le veut. La gestion collective prime sur les envies individuelles. Aujourd'hui, les plongeurs doivent se contenter d'explorer le secteur du phare… Un bien grand mot pour un récif à l'entrée de la passe menant à la cabane que Laurent Morel a équipée hier soir d'une balise à éclat, histoire de guider les C5 Bombard naviguant de nuit…

Une plongée de 35 minutes pour Laurent, Mowgli et Cyrielle, leur fait découvrir un très beau site, sur un tombant qui descend à pic (arrêt à -30 m) avec de très beaux coraux, peu colonisés par des espèces extérieures. Les coraux sont plus grands sur ce site ; beaucoup sont des nudibranches (au moins 5 espèces différentes observées), il y a aussi plusieurs types de cnidaires.

L'équipe cinéma organise un grand tournage sur les lapiaz situés au début du sentier d'accès à la zone nord explorée en 2017. Du coup, le Don Arturo embarque aussi d'autres équipes qui vont travailler sur la Punta Blanca. Tandis que Serge, Charlotte, Franz et Ronaldo partent se balader sur les lapiaz et faire des photos.

La "chatière qui buffe"

La "chatière" qui avait été explorée sommairement par Denis et Bernard en 2017 a été revue par Arnaud et Sylvain. Ce porche qui s'ouvre dans la Punta Blanca, a permis d'explorer un réseau qui jonctionne… avec le réseau de la résurgence « Hongos » exploré deux jours plus tôt par les plongeurs, à la sortie du deuxième siphon. 110 m de topographie pour une profondeur de 36 m. Tout ceci commence à sentir le gros réseau et on s'approche également de la Punta Blanca… ! À poursuivre !

La grotte de la Cascade

Il y a deux ans, la même équipe (Jean-Marc, Stéphane M, Natalia et Laurent Morel) avait repéré l'entrée de cette petite grotte, caractérisée par une cascade dans le porche d'entrée. Ils suivent un petit cours d'eau coupé de trois cascatelles, observent plusieurs remplissages, le tout sur environ 300 mètres… Arrêt sur siphon et étroitures. La topo est levée et le trou déséquipé.

Samedi 2 février

Le grand beau !

Après une semaine pourrie, la météo commence à s'améliorer ce samedi, apportant une fenêtre inespérée pour le transfert des équipiers de février à bord du bon vieux Don Arturo, qui se fera entre les 3 et 4 février.

En attendant, dernière journée de terrain pour les "juillettistes" ! Ça fonce de partout, profitant de la météo calme…

Utero de la Madre

Les deux Stéphane, Arnaud, Laurence, Serge, Charlotte filent au camp Sumidero. Stéphane J entend prélever des varves glaciaires repérées dans l'Utero de la Madre, peut-être la plus spectaculaire et la plus facile des cavités du secteur nord à ce jour. La cavité a été retopographiée en 2017 et un départ de galerie supérieure repéré au-dessus du siphon terminal.

Punta Blanca, grotte de la Chatière et résurgence Hongos : jonction !

Loïc et Clément, assisté de Mowgli et de Laurent, ont repris l'exploration de la résurgence Hongos. Ils repartent de la mer par le siphon 1, puis passent le siphon 2 ; L'exploration commence au siphon 3, qui mesure 80 m de long, avec un point bas à -4.

Banco ! Les voici dans… Punta Blanca !

Si on ajoute la jonction entre la grotte de la Chatière et la résurgence Hongos faite précédemment, on aboutit à un réseau complexe, qui doit dépasser les 3 100 mètres (à préciser après topographie). Il devient le plus long de Madre de Dios !

Raid vers la résurgence du front Pacifique

Natalia progresse sur la plage  du Paradis, face au Pacifique
Natalia progresse sur la plage du Paradis, face au Pacifique
Jean-Marc sécurise le Bombard au milieu des algues
Jean-Marc sécurise le Bombard au milieu des algues
Natalia remonte la rivière Olympique
Natalia remonte la rivière Olympique
Remontée de la rivière, parfois en marchant, parfois en nageant
Remontée de la rivière, parfois en marchant, parfois en nageant
Une eau glacée, un fort courant, la résurgence ne sera pas atteinte cette fois-ci !
Une eau glacée, un fort courant, la résurgence ne sera pas atteinte cette fois-ci !
Le porche inattendu s'avère ne pas être la résurgence de la rivière olympique, mais il est majestueux
Le porche inattendu s'avère ne pas être la résurgence de la rivière olympique, mais il est majestueux
Lumière magique le soir sur le Barros Luco, vu du drone.
Lumière magique le soir sur le Barros Luco, vu du drone.

Cette journée sans vent, au plafond nuageux bas qui largue parfois une petite bruine, laisse augurer un océan au plus calme ! Bernard, Natalia, Jean-Marc et Bertrand embarquent sur le Don Arturo pour tenter d'atteindre une résurgence qui débouche en façade Pacifique, au nord de l'embouchure du Barros Luco. Sur les photos aériennes, on voit ce cours d'eau sortir d'un pied de falaise, faire deux larges boucles, puis rejoindre l'océan, sur une distance d'environ 3 kilomètres.

Débarqués sans problème sur la plage, baptisée aussitôt « du Paradis » tant le cadre est idyllique, ils progressent en rive nord de la rivière. La forêt impénétrable enserre maintenant les flots de ses tentacules ; il ne leur reste plus qu'à progresser dans le cours d'eau glacé, tantôt marchant au fond, tantôt nageant. C’est une piscine géante qui impose plus de 800 mètres de natation, d’où son nom de Rivière Olympique. Tentant de couper un méandre, attirés par un bruit de cascade, ils découvrent un affluent qui sort d'un porche latéral. Ce sera la résurgence Inattendue, vue de loin. Au bout de trois ou quatre heures de progression, le temps limite pour le retour est dépassé. Il faudra revenir vers cet objectif aussi mystérieux que prometteur… !

Les jours à venir

Ce soir 2 février, les équipiers de la relève couchent à Punta Arenas, ils prennent la mer demain à Puerto Natales, à bord de la frégate militaire "LSG Puerto Natales". Avec ses 15 nœuds de moyenne soit 28 km/h, il ne doit mettre que 12 heures pour rallier Guarello, alors que notre bon vieil « Don Arturo » ne dépasse pas les 8 nœuds…

Demain, le Don Arturo quittera le camp de base en direction de Guarello. Passant devant la plage de la Baleine, où se trouve l'extraordinaire cabane en os de cétacé, Bernard, Jean-Marc et Luc vont débarquer pour la documenter, la filmer, la photographier et en faire le relevé photogrammétrique.

Ce soir auront lieu les retrouvailles avec l’équipe de la relève de février, à la base minière de Guarello.

Ce sera l'objet d'une prochaine chronique…

Visite de la cabane

Entrez dans la cabane !
Entrez dans la cabane !
Trois jambons pour l'expédition
Trois jambons pour l'expédition
Le lavabo bricolé avec du liner de piscine récupéré
Le lavabo bricolé avec du liner de piscine récupéré
La station internet Marlink qui nous relie au monde extérieur
La station internet Marlink qui nous relie au monde extérieur
Un objet insolite au milieu de nulle part !
Un objet insolite au milieu de nulle part !
Le poêle sèche les vêtements
Le poêle sèche les vêtements
Denis aime bien cette place... et gérer le feu
Denis aime bien cette place... et gérer le feu
A table ! Pas facile de caser 30 personnes dans cette cabane...
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Dans l'extension en véranda, le sèche linge.
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Dates de projections du film
« l’île Oubliée de Patagonie »

Santiago (Chili), DAV Club Andino Alemán, le 18 décembre à 19:30
Cébazat (région de Clermont Ferrand), le 18 janvier 2019 à 20h00
Briec (Bretagne), le vendredi 4 avril 2019 à 20h00
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