Centre Terre, une association membre de la Fédération Française de Spéléologie, agréée Education Nationale


Chronique du 13 janvier 2019

Aventures et mésaventures dans les canaux de Patagonie

Mercredi 9 janvier

Il est bien fou celui qui croit dur comme fer aux prévisions météorologiques dans les archipels de Patagonie chilienne : la fenêtre météo annoncée la veille s’est refermée à peine entrouverte !

Pourtant, nous avions déjoué jusque-là tous les pièges. Une transition expresse du reste de l'équipe, arrivée à Santiago le matin même, un passage de l'immigration et des douanes dans les règles, et surtout, pas un seul bagage de soute perdu ni égaré !

Patatras, à l'embarquement du vol suivant pour Punta Arenas, quatre équipiers sont victimes d'un surbooking sauvage de la compagnie Lan Chile. On parle d'un vol remis au lendemain… Les premiers arrivés à Punta Arenas investissent le bus privatisé qui les attend, filent au conteneur charger quelques mètres cubes de nourriture qui n'avaient pu être chargés dans le camion le matin même, puis retournent à l'aéroport, résignés à une attente probablement longue. Mais les "surbookés" ont réussi à s'imposer dans le vol suivant !

L'équipe reconstituée n'a plus qu'à avaler les 250 km de pampa qui s’étendent entre le canal de Magellan et le fjord Ultima Esperanza… De cette route taillée en quasi ligne droite à travers des pelouses d'herbes à mouton ceinturées de barbelés, qui tantôt longe des forêts de nothofagus centenaires torturés par le vent, parfois contourne des lagunes piquetées de flamants roses, ils ne verront rien, emportés dans la nuit noire par le bus, somnolant dans les fauteuils, tâchant de récupérer de ce voyage non-stop.

À quatre heures du matin, les voici au port des pêcheurs de Puerto Natales. « El malo tiempo" a fermé le port, dès lors envahi de toutes les "lanchas" des pêcheurs artisanaux interdits d'activité. Chaque bateau amarré à son voisin forme le maillon d'un réseau flottant, oscillant lentement au gré des vents tourbillonnants. On atteint nos trois bateaux par un étroit ponton de planches disjointes, puis en traversant successivement quatre navires à couple dont il faut escalader les bordées, avant d'atteindre le Valparaiso, puis le Don Arturo et enfin le Rosita. Ultime épreuve avant le grand départ, pensons-nous. Chacun s'effondre enfin pour quelques heures de repos…

Jeudi 10 janvier

Bernard et Natalia espèrent bien convaincre les autorités maritimes de Puerto Natales de nous laisser partir malgré la consigne. Avant même d'utiliser leur argument massif, à savoir que nous allons naviguer de conserve - le capitaine du port les coupe : "Mais je connais vos expéditions ! J'ai assisté à une présentation par Natalia, ici…" Il leur suffit de produire la liste des mouvements bateaux et des destinations pour obtenir le feu vert. Quatorze heures, bingo ! Les archipels nous sont ouverts…

Chacun a trouvé sa place. Ce n'est pas évident tant elle manque à bord de ces bateaux de pêche pas vraiment adaptés au mode de vie d'une expédition scientifique. Il faut négocier pour chaque bagage ; ce qui n'est pas strictement indispensable est consigné à fond de cale. Les cinéastes font grise mine…

Enfin, en début d’après-midi nous larguons les amarres. La mer est sèche, les vents puissants, mais on connaît nos bateaux, ils nous avaient déjà conduits au Barros Luco en 2017.

Pourtant, Puerto Natales est encore en vue quand, à bord du Don Arturo, retentit une étrange sonnerie dans le poste de pilotage, suivie d’une coupure du moteur, puis d’un redémarrage. Les pronostics les plus divers fleurissent à bord. On parle de problème de refroidissement du moteur. Puis on apprend que c'est la boîte de vitesses qui est en surchauffe. Le Don Arturo est venu se mettre à quai d'un petit village improbable en rive nord, Puerto Riquelme. Le mécanicien pense qu'il peut réparer. Les deux autres bateaux ont continué leur route, mais le Don Arturo décide finalement de revenir réparer à Puerto Natales.

Quand la loi de séries se met en branle, rien ne peut l'arrêter…

Car, par les téléphones satellites, on apprend que le Valparaiso subit des avaries quasiment identiques, que Florian tente de réparer. C'est ensuite le groupe électrogène qui capote… Le bateau a passé le détroit du Kirke, et se met à l'abri dans une crique avec le Rosita. Il est convenu que le Don Arturo lui apportera de quoi réparer.

Vendredi 11 janvier

De nuit, l'armateur a envoyé une voiture chercher une pièce de rechange à Punta Arenas. À 9 heures du matin, la nouvelle tombe : la pièce doit venir par avion de Santiago…

Dans l'après-midi, tandis qu'il navigue avec le Rosita dans le canal Innocente, le Valparaiso connait de nouveaux soucis de chauffe, ce qui l'oblige à un nouvel arrêt. Bernard décide de poursuivre sur le Rosita pour ne pas retarder l'installation prévue d’une station scientifique sur l'île Tarlton, à côté de Guarello. Les pilotes se relaient non stop.

Le soir, la situation semble s'améliorer sur le Valparaiso. Florian, mécanicien de formation, a réussi à bricoler la boîte de vitesses, qui patine dans l'effort… et le bateau rejoint à petite vitesse l’Isla Topar, au débouché du canal Trinidad, lequel borde Madre de Dios au nord. Le Don Arturo l’y rejoindra avec les pièces de rechange, pour leur permettre d’entrer en sécurité dans le Barros Luco…

À Puerto Natales, la pièce de rechange arrive à 23 heures. L'équipage se met au travail sans perdre de temps, renforcé de l'armateur et d'un mécanicien. À 3 h 30, après quelques essais marche avant, marche arrière, le Don Arturo est de nouveau opérationnel. Complétant son stock de fuel, il reprend enfin la mer, le samedi 12 janvier, avec deux jours de retard…

Le fjord Ultima Esperanza, où se situe Puerto Natales, a la particularité de n'être relié à la mer que par deux passages étroits, dont l'un s'appelle le Kirke. On ne le passe aisément qu'à marée étale. Juste avant lui se trouve une vaste étendue, qui subit régulièrement des vents puissants et glacés. Secoué, malmené, le Don Arturo tape dans la vague. Mais il avance. Chacun trouve ses marques, s'amarine ou s'allonge sur sa couchette. Au soir, le bateau se réfugie dans une petite crique, adorable et tranquille, pour une vraie nuit de silence.

De son côté, le Rosita a touché le port de Guarello à 11 h 30, non sans quelques soucis car son moteur ne tient plus le ralenti. Pas simple en manœuvre d'accostage… Une nouvelle séquence de mécanique s’ensuit.

Sur la base, l’accueil d’IMOPAC est une fois de plus à la hauteur, repas, couchage, assistance technique, tout y est… Mais nous n'arrivons pas les mains vides. Cette fois, c'est nous qui approvisionnons la mine de Guarello en produits frais et pièces de rechange, car leur dernière rotation de minéralier remonte à un mois...

Sitôt à terre, c’est le branle-bas de combat, Clément au gonflage des bouteilles, Bernard au relationnel avec la base et au montage des zodiacs, l’équipe cinéma à ses préparatifs et les scientifiques plongés dans leurs problématiques respectives… Pas de temps à perdre, car pour ne pas rater la fenêtre météo à suivre, on ne peut consacrer que deux jours à l’escale de Guarello, pas une demi-heure de plus !

En soirée, Bernard qui suit l’avancement des embarcations via le net depuis Guarello, assure les derniers réglages par téléphonie satellite. Ordre est donné au Valpairaiso d’attendre le Don Arturo.

Dimanche 13 janvier

14 heures, retrouvailles du Don Arturo et du Valparaiso dans une crique de l'isla Topar. La météo est au grand beau, avec un vent frais. Quand le soleil brille sur les archipels, on a l'impression d'avoir changé de coin de la planète.

Nouvelles et matériels s'échangent d'un bord à l'autre dans la bonne humeur. On se raconte nos aventures respectives. Pas le temps de s'éterniser. Le Valparaiso, après une réparation de fortune, car les pièces apportées ne sont pas les bonnes (!), va remonter le canal Trinidad et se placer en embuscade dans le seno Wolsey, dernière échancrure avant l'océan Pacifique. Comme nous l'avions fait en 2017, il lui sera facile de s'en extraire dès la météo favorable, lundi ou mardi matin, pour fondre sur le Barros Luco et commencer enfin la remise en état et l'extension du camp de base scientifique de Centre Terre. Laurence, Sébastien, Sylvain, Florian, Jean-Marc, Jean-Philippe, Georges, tous ces "compagnons du devoir" ont du pain sur la planche…

Pour le Don Arturo, la route jusqu'au glacier Tempano sera longue. Une dizaine d'heures plein nord le mènera à Puerto Eden, où vivent nos amis Kawesqar. Le lundi matin, ils y embarquent Aliro Vargas, un des gardes du Parc national Bernardo O'Higgins, qui va accompagner l'équipe du glacier durant son séjour dans le bien nommé fjord Iceberg, où vêle le glacier Tempano…

À Guarello, le Rosita lève l'ancre à 9 heures. Stéphane pilote une équipe qui va installer une station scientifique sur l'île voisine de Tarlton ; celle-ci enregistrera deux mois de données météorologiques ainsi que la vitesse d'érosion des calcaires et des cannelures.

Cyrielle, biologiste marine, effectue deux plongées sur les récifs de coraux des senos environnants avec le plongeur Clément, sous la caméra de Yannick.

Plongées dans les seno copihue et Azul

Demain lundi 14 janvier, sera un jour important pour les équipes engagées sur Madre de Dios. Au Nord, le Valpairaiso doit enfin entrer dans le fjord Barros Luco. À Guarello, de nouvelles plongées sont programmées, ainsi que des prises de vues sur les formations karstiques, tandis qu'une équipe légère prendra à pied le chemin du Camp II, et de son champ de comètes et de champignons de roche, qu'elle va instrumenter. De là, elle continuera à pied sa traversée sud-nord de l'île Madre de Dios et rejoindra dans le Barros Luco l'équipe de la cabane.

Un programme chargé…


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Dates de projections du film
« l’île Oubliée de Patagonie »

Santiago (Chili), DAV Club Andino Alemán, le 18 décembre à 19:30
Cébazat (région de Clermont Ferrand), le 18 janvier 2019 à 20h00
Briec (Bretagne), le vendredi 4 avril 2019 à 20h00
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