Au camp 1, nous n'avons pas de grottes, mais nous avons un canyon et des cordes : faute de grives, nous partons équiper le canyon sec de Poï sur sa partie la plus verticale qui démarre juste sous le camp. Après le rééquipement des 50 mètres de falaises qui permettent d'accéder au fond du canyon et des premiers ressauts déjà parcourus, Christophe et Didier s'attaquent aux multiples petits ressauts qui jalonnent le parcours. Partis un peu plus tard, Natalia et Franck prennent la relève. Le site est magnifique, certaines parties très encaissées nécessitent l'usage de nos frontales pour progresser. Un dernier puits oblige le premier d'entre-nous à prendre un bon bain, ce qui ajouté avec la pluie qui commence à tomber calme les ardeurs. La suite sera pour plus tard.
Ce matin, Joash et Brendan ont été missionnés avec pour consigne d'atteindre le lit de la Galuwé depuis le camp, de la manière la plus directe et sans utiliser de cordes. La mission est plus que bien remplie : nous seulement ils ont trouvé un accès idéal mais en plus ils sont tombés sur les traces d'une ancienne occupation. Parmi leurs découvertes, deux fragments de creusets pour moudre des aliments en pierre volcanique. Cela leur permet aussi de faire le plein d'une fougère comestible qui pousse à l'emplacement d'anciens jardins et qui agrémente très agréablement notre pitance exempte d'aliments frais.
Au camp 2, décision est prise de déséquiper l'œil de Mayang, qui semble n'être qu'une grande vasque d'eau. Les amarrages et cordes, qui commencent à manquer, seront plus utiles ailleurs. C'est Katia, Mehdi et Nicolas qui s'attellent à la tâche. L'exploration de Ralapusa est en revanche bien d'actualité et Jean-Marc, Lionel et Denis font une première pointe sur l'aval. Derrière ce grand porche, un beau conduit se poursuit, qu'ils parcourent sur 200 mètres environ, accompagnés d'un fort courant d'air aspirant prometteur. Côté amont de la doline, Sylvain, Laurent, Elven et Michel franchissent plusieurs vasques profondes compliquant la progression, mais là-aussi la suite se profile, vaste et enthousiasmante. Des chauves-souris frugivores et des salanganes les accompagnent bruyamment, donnant un côté épique à leur pérégrination.

Ceux restés aux deux camps ne sont pas inactifs pour autant. Entre les corvées de traitement de l'eau potable, la tenue des journaux de bord, la mise au propre des données récoltées, et toutes les autres petites tâches indispensables à la collectivité, il y a de quoi s'occuper.

L'ouverture d'un accès facile à la Galuwé permet à Christophe, Joash et Franck d'envisager de remonter la rivière qui en amont de Mayang débite 1,5 m3/s environ jusqu'à la résurgence principale qui a été repérée lors de la dernière reconnaissance en hélico. L'idée est, outre de voir si celle-ci est pénétrable en spéléo ou en plongée spéléo, d'y retrouver une équipe du camp 2 composée de Denis, Bernard, Nicolas et Mehdi et de faire ainsi une jonction physique entre les deux camps. La descente est aisée et la remontée de la rivière de toute beauté. Après environ 2h30 de progression et de taille, ils arrivent enfin à la résurgence. Malheureusement, nouvelle déception : l'eau sourd à travers les graviers, aucun passage n'est décelable. Les bulles qui remontent avec l'eau laissent à penser que l'eau arrive de bien profond. Le site est cependant magnifique, formant un grand cirque bordé de nombreux Filaos. Cela vaudra à la résurgence sont nom de Lalu (prononcer Lalou), nom de cet arbre à l'aspect de conifère en langue mengen. C'est aussi un clin d'œil pour Christophe, de Franche-Comté, région où coule la rivière de la Loue, née d'une résurgence karstique.

Un contact radio avec l'équipe du camp 2 est établi. Ils leur restent un long parcours avant d'atteindre la Galuwé. En attendant, Joash, Christophe et Franck remontent le lit à présent sec de la Galuwé. Quelques ressauts nécessite un équipement, aujourd'hui sommaire. Un dernier obstacle infranchissable sans une escalade avec du matériel marque leur terminus, peu loin à présent de la partie vue par Natalia, Joash et Franck le 02 février. En redescendant, ils croisent enfin l'équipe du camp 2 en aval de la résurgence. Leur descente, à la faveur d'un canyon à sec, a été plus compliquée que prévue, nécessitant la pose de nombreuses cordes. Les retrouvailles sont joyeuses, et permet l'échange de quelques denrées qui manquaient au Camp 1, soit du thé et du tabac !


Pendant ce temps, toujours au Camp 1, Pita, Jerrica, Romain, Brendan, Carlos, Didier, Luc et Yann descendent également à la Galuwé, ce qui permet un bon bain et de nouvelles observations naturalistes. À la remontée, ils s'arrêtent longuement à l'ancien village, font une belle moisson d'images... et de fougères pour le repas du soir !

Au camp 1, une équipe s'affaire pour poursuivre l'exploration du canyon de Poï. Franck et Natalia partent à l'équipement, Christophe entame la topographie et Yann suit tout ce petit monde à l'affût de belles images. Derrière le terminus de la veille, une belle descente de près de 20 mètres permet de prendre pied dans une partie très encaissée occupée par des centaines de chauves-souris frugivores. Les ressauts s'enchaînent ensuite jusqu'à une belle cascade à sec de plus de 20 mètres, où il faut composer car la corde commence à manquer. Un dernier ressaut est équipé, puis il faut s'arrêter sur une dernière verticale. La résurgence vue par Natalia et Franck est encore à bonne distance, mais on entend l'eau s'écouler. Qui viendra finir ce beau canyon ? En attendant, il nous faut à présent déséquiper.

Si ce camp 1 ne nous aura pas offert d'objectifs spéléos, nous auront pu bien arpenter les lieux. Une grande partie de la Poï et de la Galuwé est maintenant connue et la résurgence de Mayang, phénomène karstique majeur, a été bien visitée et documentée. Nous pouvons sans rougir quitter les lieux.
Au camp 2, la poursuite de l'exploration de l'aval de Ralapusa est bien évidemment au programme. Lionel, Julien, Katia et Nicolas y enchaînent une série de vasques profondes nécessitant bien souvent la pose de rappels guidés gourmands en temps et en matériel. Si la progression est lente, la suite est là, prometteuse. Pendant ce temps, Laurent et Jean-Marc rééquipent l'accès à la doline et font la topographie de celle-ci. Ces objectifs prometteurs permettent d'envisager la mise en place d'un camp avancé sur le secteur pour gagner du temps et de l'énergie, aussi Mehdi et Denis taillent-ils une DZ à proximité afin de pouvoir y héliporter le lendemain un big-bag rempli du matériel nécessaire. Un nom tout trouvé pour ce camp avancé, qui deviendra le camp « Big-Bag ».

Le glas des derniers jours a sonné pour l'équipe du premier mois. Le 14 au matin, ils décolleront des camps vers Galuwé. Au camp 1, qui sera démonté pour une destination encore inconnue, l'heure est au rangement. Il faudra tout préparer pour le lendemain et ne pas mélanger les sacs entre ce qui repartira sur le camp 2 ou 3, ce qui restera à Palmalmal, et bien-sûr les affaires de ceux qui nous quittent, soit Christophe, Didier, Romain, Pita et Jerrica. Au camp 2, ceux qui vont quitter les lieux soit Sylvain, Mehdi, Nicolas et Lionel, en profitent pour un dernier bain dans les belles vasques en amont de Ralapusa et une visite de l'aval jusqu'à la pointe de la veille.

En parallèle, la relève se met en place pour la seconde équipe étape par étape : Paris, Hong-Kong, Singapour, Port Moresby, puis les galères d'avions qui ne décollent jamais vers Rabaul. Enfin, après le ferry et une halte au Koki's Guest House, c'est le dernier saut vers les camps d'altitude.

Au passage, les nouveaux arrivants en profitent pour acheter un complément de ravitaillement suivant les commandes passées depuis les camps (Merci WhatsApp et les connexions satellites !) : c'est le dernier réapprovisionnement possible avant la fin de l'expédition et la redescente finale vers Palmalmal, prévue le 8 mars.

Dès 7h30, un plan de vol très compliqué, finement optimisé par Bernard pour économiser chaque minute de vol et mis en œuvre par les responsables de chaque camp, se déploie. Véritable composition musicale, cette manœuvre intègre plus de 25 mouvements aériens. L'enjeu ? Acheminer les nouveaux arrivants vers leurs camps respectifs, ramener les partants et leur matériel vers la DZ de Galuwé et si possible, déplacer le camp 1 vers une nouvelle zone toujours plus en amont pour mieux engager les équipes vers les hauts plateaux d'alimentation de Mayang.
Bernard et Michel partent donc en premier lieu effectuer une reconnaissance aérienne. Bien vite, ils reviennent sur le camp 1 avec une bonne nouvelle : une zone favorable a été détectée où le pilote est d'accord pour droper une première équipe. Carlos et Franck, restés sur le qui-vive, grimpent donc dans l'hélico armés de machettes et de tronçonneuses et se font conduire sur la zone. Vient le moment où le pilote, en stationnaire au-dessus d'une zone de fougères et de bambous, leur crie de sauter. Pas le temps de réfléchir, les voilà au sol à démarrer aussitôt le défrichage de la zone pour permettre l'accès au reste de l'équipe et au matériel.

Pendant 6 heures, l'hélico va enchaîner les rotations entre les 3 camps et Galuwé. Un ballet presque sans faute, malgré deux rotations dont les erreurs de destination du pilote devront être rapidement analysées et corrigées in situ. En milieu d'après midi, tout est enfin en place pour la seconde partie de l'expédition.
Un déluge impressionnant s'abat alors sur les deux camps. Côté camp 2, cela permet en quelques heures de remplir tous les réservoirs d'eau, dont la mega-box d'un mètre cube. En revanche, cette météo désastreuse finit par avoir raison de la connexion satellite vers 16h... Le rideau est tiré !


Pour le tout nouveau camp 3 encore sans abri, cette pluie n'est pas la bienvenue ! D'autant plus que le gain en altitude – ce camp étant situé à plus de 1400 m – rend le secteur beaucoup plus humide et froid que le camp précédent. Après un important défrichage et l'abatage de nombreux arbres, tout juste est-il possible d'installer une bâche temporaire sur la toute nouvelle DZ pour gagner un minimum de confort.

Au camp 2, une équipe de cinq (Michel, Denis, Katia, Julien et Bernard) monte installer un camp avancé : le camp Big-Bag. Situé à seulement 25 minutes de l'entrée de Ralapusa, il jouxte un dépôt de 400 kg de vivres et d'équipement héliporté la veille. Ce camp stratégique permet d'éviter une marche d'approche de 360 m de dénivelé, particulièrement raide et glissante par mauvais temps. L'objectif est simple : optimiser l'exploration de la cavité et de ses environs. Le camp est monté sous une pluie des grands jours, l'équipe est trempée mais à pied d'œuvre et la suite est remise au lendemain.

Pour Jessica, Tom, Bogdan et Laurent, la mission est autre : 3 km à vol d'oiseau séparent les camps 2 et 3. Une jonction semble donc possible et souhaitable. Surtout pour Thomas, l'un des papous présent sur le Camp 3, qui a laissé ses affaires dans l'hélico. Elles ont été récupérées par Nolan, l'un des papous du Camp 2. Ils s'attellent donc à la taille d'un sentier de jonction et se rendent compte, sans surprise, que les réalités du terrain vont transformer ces 3 km en beaucoup plus. Pour l'heure, cette première journée leur permet d'atteindre 2,5 km de développement, ce qui est déjà une belle avancée.

Côté camp 3, le programme est tout trouvé : il faut gagner en confort ! Toute la journée, l'ensemble de l'équipe s'affaire à tailler. La zone n'est pas évidente et l'installation de la grande tente commune, qui ne peut rester sur la DZ demande de gros efforts de défrichage et de terrassement. Yann A et Anthony font vrombir les tronçonneuses. Un arbre énorme qui menacerait notre camp en cas de séisme ou de tempête est abattu par Anthony. Il faut aussi penser à installer les coins individuels et à mettre en place l'antenne, le groupe électrogène... tout cela sous une pluie battante. En fin de journée, le progrès est évident, mais l'installation définitive de notre espace commun sera pour demain.


Au camp avancé Big-Bag du camp 2, dès 7h, l'équipe bascule en mode "chantier d'exploration" où chaque geste est calibré : séquences film, photos et topographie s'entremêlent. Bernard mène la danse avec la pose de plus de trente nouveaux amarrages dans une zone où il convient de jouer entre athlétique et finesse. Il est suivi de Katia en base arrière avec le complément de matériels.

La progression devient un véritable exercice de style : il faut jongler entre la pose de mains courantes, de pendules pour éviter les zones d'eau profonde et de cordes de progression pour franchir quelques puits et obstacles. On évolue dans un décor de chaos organisé où des piscines géantes alternent avec des galeries spacieuses.

Un détail frappe les esprits : d'énormes troncs d'arbres sont coincés en hauteur dans les plafonds, rappelant la puissance phénoménale des crues qui peuvent saturer ce dédale. Ici, la nature ne murmure pas, elle gronde à chaque averse et ces témoins naturels le rappellent à chaque instant de progression. De leur coté, Michel et Denis sont affairés à la topographie. Pas un détail ne leur échappe et tout est dûment noté et renseigné.
Jessica, Tom et Bogdan poursuivent quant à eux leur mission de taille vers le Camp 3. L'avancée est significative : ils s'arrêtent à 350 m à vol d'oiseau de celui-ci avant de faire demi-tour. La jonction est pour bientôt !
Pour le camp 3, l'heure est venue de retrouver le confort nécessaire à la poursuite des explorations. On installe enfin notre grande bâche à son emplacement définitif, on organise le coin cuisine, le coin « science », le coin ordi et communication... Nos deux acharnés de la tronçonneuses nous taillent de grandes planches pour une table commune, au prix d'une belle tendinite du poignet pour Anthony. Enfin, le soir venu, nous pouvons prendre un bon repas dans un camp à peu près installé, opérationnel et confortable. Il était temps : la fatigue et la lassitude pour ceux qui ont œuvré à l'installation de deux camps nous guettaient !


Pour le camp avancé Big-Bag, l'objectif est ambitieux : atteindre l'amont de Ralapusa via un canyon géant repéré par l'équipe de reconnaissance constituée de Jean Marc, Laurent et Nicolas accompagnés d'un de nos aides papou quelques jours auparavant. Après deux heures de progression en forêt, l'équipe débouche sur un précipice dantesque aux abords aussi impressionnants qu'instables, véritable rupture dans le relief. Bernard attaque l'équipement de la paroi, une tâche plutôt ingrate et technique : la roche saine est rare, la terre et les parties instables multiples, souvent masquée par la végétation luxuriante. Ce sol fuyant rend chaque point d'ancrage complexe à sécuriser. Après 1h30 de combat vertical, le verdict tombe, au sommet d'une dernière longueur magistrale, la vue est à couper le souffle : une descente « plein pot » de 70 mètres plonge vers un porche d'entrée de belle dimension. Les mesures sont hors normes, confirmant que nous tenons bien là le collecteur principal du système. Mais la réalité de l'expédition nous rattrape : le stock de matériel est épuisé. Plus une plaquette, plus un goujon, et une réserve de corde insuffisante pour toucher le fond. Frustrée mais lucide, l'équipe fait demi-tour, laissant à la suivante le privilège d'une "première" qui s'annonce fort belle ! La marche de retour dans la forêt a lieu sous une pluie intense.
Pour le camp 3, les prospections peuvent enfin commencer. Le camp est situé entre deux dolines de belles dimensions et les premiers objectifs sont tout trouvés. Une équipe composée de Yann R, Patrick, Sophie, Natalia et Franck s'oriente vers la doline à l'est. La taille n'est pas trop compliquée, le cheminement assez évident : il suffit de suivre le talweg qui part du camp. Au fur et à mesure de la progression, d'autres talwegs s'y greffent et enfin, après seulement 270 m de progression et 60 m de dénivelé négatif, l'équipe arrive à une belle entrée verticale creusée à la faveur d'une diaclase. Une verticale de plus de 25 m laisse entrevoir un grand vide : enfin un beau trou ! L'exploration sera pour le lendemain. La présence de nombreuses fougères arborescentes autour de la cavité lui donne son nom : ce sera le gouffre Gauunu, le nom de cette plante dans la langue mengen.


Tudor, Luc, Yann A et Anthony s'attellent à la seconde doline. La taille est plus compliquée et au fur et à mesure de leur progression, ils se rendent compte que leurs pas les mènent vers la même doline que l'autre équipe, jusqu'à ce qu'une communication sonore soit possible. S'ils sont déçus, cela est de bonne augure en revanche pour le gouffre Gauunu, qui collecte l'eau d'une très vaste zone. Ils poursuivent donc leur progression et se dirigent plus vers l'ouest, vers une doline encore plus vaste. Ils trouveront plusieurs pertes, malheureusement sans suite, mais un chemin est à présent ouvert vers une zone de doline prometteuse.
En milieu d'après-midi, une forte pluie s'abat sur le secteur. Elle se poursuivra jusque tard en soirée, ce sera la plus forte précipitation depuis le début de l'expédition.
Dès le lendemain au camp avancé Big-Bag, la relève (Sergio, Bogdan, Jessica, Tom et Laurent) s'élance à l'assaut de l'amont. La marche d'approche est vite avalée, et la descente de la doline est enchaînée. Le 19 au soir, la nouvelle arrive par radio au camp 2 : la jonction est faite ! La verticale de 70 m a bien été franchie, elle est suivie de 470 m de galeries entrecoupées de bassins qui permettent de rejoindre le fond de la doline de Ralapusa. C'est entre autre grâce à l'aide de l'hydrospeed Squal Race que diverses laisses d'eau peuvent aisément êtres franchies.

Pendant ce temps, au camp 2, c'est la guerre contre l'électronique. Michel et Bernard se battent avec l'antenne satellite : montage, séchage pièce par pièce, reprogrammation, échanges incessants avec les techniciens de Port Moresby. En dernier recours, tous les composants passent la nuit dans des bacs de silicagel.
Au camp 3, l'heure est venue de faire de la spéléo ! Natalia et Franck s'attellent à l'équipement du puits du gouffre de Gauunu, suivis de Sophie et Tudor, sous l'objectif de la caméra de Yann R et Luc-Henri. Suite à la forte pluie de la veille, c'est un beau ruisseau qui s'engouffre dans la cavité et les traces de crues montrent que l'eau est bien montée pendant la nuit. Le puits, magnifique, est vite descendu. Malheureusement les choses se compliquent. Le grand volume à la base du puits mène à une zone plus modeste encombrée de blocs et de troncs, et il faut se faufiler parmi ces derniers pour gagner une petite galerie partiellement comblée d'eau. Les traces de crues sont parlantes, et bien vite le conduit principal bute sur un siphon.
D'autres conduits secondaires sont explorés au prix de rampings dans la boue et de passages de voûtes mouillantes, où seule le haut de la tête émerge, il faut se rendre à l'évidence : le gouffre de Gauunu n'est pas le grand trou rêvé. Cela n'empêche pas Sophie de faire de nombreuses observations géologiques et Yann R de ramener de belles images.

Pendant ce temps, Monika, Carlos et les deux papous, Thomas et Francis, partent tailler en direction du point GPS envoyé par Jessica de leur ultime progression vers le camp 3. Après environ 350 m de taille, ils font la jonction avec leur sentier. Celui-ci fait donc au final 5,7 km de développement : la jonction entre les deux camps est réalisée.

Le lendemain, une bonne partie de l'équipe reste au camp 3 : diverses tâches restent à accomplir. Seul Yann A, Anthony et Thomas partent tailler dans le prolongement du chemin initié au nord est vers d'autres grandes dolines. Quelques heures après leur départ, un appel radio arrive au camp : ils ont trouvé une belle entrée de grotte, ont pu parcourir 250 à 300 mètres de conduits avant d'être arrêtés, sans l'équipement adéquat, par un petit puits de 9 mètres de profondeur. Tient-on enfin un bel et grand objectif spéléo ? En tout cas, la grotte a déjà un nom : ce sera Kosisilita, qui pourrait se traduire de la langue mengen par « heureuse surprise partagée».



Au matin, Michel remonte l'antenne. Le miracle opère : en moins de deux heures, la connexion est rétablie. Le camp 2 sort enfin du silence et de l'invisibilité !
Dans le courant de la journée, l'équipe du camp Big-Bag rejoint le camp 2, une nouvelle relève peut maintenant avoir lieu.

Côté camp 3, l'heure de l'exploration a sonné : la quasi totalité de l'équipe partira sur la grotte de Kosisilita. Anthony, toujours ennuyé par sa tendinite et pris d'un fort mal de gorge ainsi que Patrick, qui a un doigt vilainement infecté, restent en convalescence au camp. Thomas et Francis ont eux pour mission de rejoindre Nolan et Augustin, les papous du camp 2, sur le chemin de jonction. Un transfert de petit matériel, dont des amarrages pour le camp 2 et les affaires de Thomas, est prévu. Après deux heures environ de cheminement, les deux équipent se retrouvent à mi-parcours : la jonction humaine entre les deux camps est établie pour la première fois.
La grotte de Kosisilita, elle, ne déçoit pas. Entre topographie, prise d'images, observations géologiques, collectes bio et équipement des verticales, la progression avance : derrière le puits de 9 mètres, la grotte continue, de belle taille, et l'arrêt se fait dans une galerie parsemée de vasques d'eau, où l'écho de nos cris résonne au loin. Ça continue, et bien, mais un point calme nos ardeurs : les traces de mise en charge sont évidentes sur une grande partie du parcours et si la cavité continue sur le même profil pseudo-horizontal, l'engagement va vite atteindre un point problématique. Mais nous n'en sommes pas encore là, et nous savourons pour l'heure pleinement le plaisir de la découverte.
