Deux jours après avoir donné son accord, le conseil de Galuwé revient sur sa décision et nous interdit l'accès à ses terres ancestrales. La cause provient entre autres de désaccords entre les diverses composantes tribales du conseil. D'âpres négociations s'engagent à nouveau entre les différentes parties. Elles dureront trois jours. Tout d'abord, une délégation du conseil est invitée au gîte de Palmalmal par Bernard. Les discussions durent toute la matinée. Le lendemain, Bernard, Natalia, Katia, Michel et les représentants de Galuwé ont rendez-vous avec M. John Liskia, le chef du district de Pomio (tenu informé par Bernard des difficultés en cours) pour une médiation en présence des deux partis d'opposition du village de Galuwé. Près de 12 personnes ont fait le trajet vers Palmalmal pour l'occasion. La tension est palpable et la réunion a lieu dans les bureaux du district. Elle durera six heures. Le lendemain, les pourparlers se déportent à Galuwé.

Entre-temps, dans la soirée et la nuit, des échanges et des rencontres informelles se sont tenus à différents niveaux, notamment à l'initiative du chef du village de Galuwé, Charles Légère et de M. John Liskia. Cette dernière session ponctuée de plusieurs temps d'échanges internes pour les villageois de Galuwé dure près de huit heures. Elle aboutit finalement de façon aussi impromptue qu'inattendue à un accord définitif scellé avec le conseil, sur le coup des 17 h par une franche poignée de mains entre négociateurs. Un temps fort suivi d'un moment de ruée et d'euphorie assez indescriptible et intense, impliquant alors tous les villageois avec accolades et poignées de mains à tout va entre l'ensemble des membres de la délégation Centre Terre présente et les villageois. La journée se termine dans la joie et la satisfaction de ce dénouement. L'expédition peut réellement commencer.

Dès le 20 janvier, Mehdi et Jean-Marc accompagnés de trois papous partent ouvrir un chemin en rive orientale de la Galuwé pour tenter de relier Mayang à la piste qui dessert le village de Pakia au nord depuis Pomio. Ce cheminement de moins de 5 km de long pour environ 1200 mètres de dénivelé cumulé doit constituer une voie rapide d'accès vers l'exsurgence, aussi bien pour rallier la côte en cas d'urgence que pour un éventuel repli des personnes lors du changement d'équipes prévu à la mi-février si l'hélicoptère ne peut pas voler le jour «J». La progression dans la jungle est difficile. Outre la végétation dense, le terrain est particulièrement accidenté. Peu après leur départ, une première doline de 200 mètres de large aux parois très abruptes bloque le franchissement, l'équipe doit alors faire demi-tour avant de tenter un nouvel itinéraire plus au nord. Malheureusement, là encore, après quelques centaines de mètres de progression, les membres de l'équipe butent à nouveau sur un talweg (fond de vallée) infranchissable. Dépités, ils posent leur premier bivouac en forêt à proximité de la piste. Le lendemain matin, ils essuient deux nouveaux échecs de franchissement, toujours et encore sur le même talweg. Dans la foulée, un point de situation est fait par téléphone satellite entre l'équipe et Bernard, et la décision est prise d'abandonner l'ouverture de ce sentier. L'équipe se replie vers Pomio.

Les derniers membres de l'équipe arrivés de France ont rejoint le groupe des courses le 18 janvier à Kokopo. Ils ont tous pris le ferry pour Palmalmal le 22 avec toutes les courses et les vivres. Leur trajet dure 18 heures dans un confort relatif. Pita et Jerrica, les deux scientifiques du Binatang Research Center, les accompagnent. Le 23 janvier toute l'équipe de Centre-Terre est enfin au complet à Palmalmal.

Dès l'accord avec la communauté obtenu, une noria de transfert est organisée entre Palmalmal et Galuwé. Il faut une quinzaine de voyages en bateau pour transporter l'ensemble des personnes, des vivres, des matériels et des combustibles nécessaires à la vie dans les camps et pour l'alimentation de l'hélicoptère pour les vols de reconnaissance et les nombreux transports vers les camps. À l'issue du dernier trajet en bateau, l'hélicoptère arrive sur la zone convenue à proximité du village de Galuwé en vol direct depuis sa base de Kimbé. Sans perdre de temps, Michel, Luc-Henri et Bernard embarquent pour l'indispensable phase de survol de reconnaissance. Trois objectifs sont ciblés. Primo, la reconnaissance visuelle d'une quinzaine de points dûment répertoriés sur la carte par Bernard et Benjamin Lans, notre cartographe, comme de potentiels points de poses possibles et/ou envisageables pour le pilote en vue de l'installation des camps 1 et 2 . Secondo, le survol d'objectifs spéléologiques d'ordre « majeur » pré-repérés (dolines, porches, anomalies dans la végétation...), identifiés grâce aux photographies satellites. Enfin, tertio, réaliser une première captation d'images des zones d'exploration de l'expédition pour le documentaire d'Arte.

Pendant ce temps, le restant de l'équipe de Centre Terre resté à terre est accueilli par presque une centaine d'habitants de Galuwé vêtus de costumes traditionnels au son des tambours et des chants tribaux. Ils sont accompagnés jusqu'à une grande place dans le village où les attendent des personnalités locales. Un speaker annonce les danses qui ponctuent les discours officiels : celui de M. John Liskia, puis du chef Charles Légère.
A 17 h, après presque deux heures de vol, l'hélicoptère se pose à l'issue de la phase de reconnaissance. Deux sites ont été validés pour l'installation des camps 1 et 2. L'équipe de reconnaissance rejoint les festivités. Bernard explique à l'ensemble des villageois les grandes lignes du déroulé de l'expédition et effectue les remerciements de rigueur auprès de toute la communauté de Galuwé. La cérémonie se termine par un rituel d'initiation de quatre jeunes hommes du village et d'un repas festif composé de poissons séchés et fumés, de légumes et de fruits servi par les habitants du village à l'attention des membres de l'expédition.

26 janvier, 7h30, le Bel 407 d'Héli Niugini piloté par le capitaine Jayden en provenance de Palmalmal où il a passé la nuit, se pose sur la « Drop Zone » (DZ) improvisée pour les héliportages du jour. Mehdi, Nicolas et Denis sont les premiers à embarquer pour être héliportés vers la zone où va se situer le camp 1, au plus proche de la résurgence de Mayang. Ils sont chargés de nettoyer la zone de réception qui servira ensuite de « Drop Zone », pour la dépose des personnes et matériels. Le capitaine Jayden termine son vol par une nécessaire reconnaissance d'approche et de pose sur la zone camp 2.

Dans la foulée, une première dépose de personnes vers le camp 1 est effectuée. Mehdi, Nicolas et Denis sont alors récupérés pour être déplacés au camp 2 afin d'y réaliser les travaux de débroussaillage et nettoyage de la DZ. A partir de ce moment, les héliportages se succèdent, d'abord vers le camp 1 (situé à 17 km en ligne directe de Galuwé), puis vers le camp 2 (situé à 2,2 km au nord du camp 1). Une douzaine de vols aller-retour sont enchaînés par le pilote. Vers 14h30 les opérations doivent cependant être stoppées. En altitude le vent a sévèrement forci et les approches du camp 2 avec le filet de portage deviennent de plus en plus hasardeuses. Il reste à ce moment sur la DZ de Galuwé 4 filets et une douzaine de personnes à transporter.
Mardi 27 janvier, les opérations d'héliportage reprennent à l'aube avec le transport des personnes manquantes sur le camp 2 ainsi que le matériel restant. L'opération s'achève vers 14 heures avec la dépose de Michel et Bernard au camp 1 accompagnés sur ce vol de Charles Légère, le chef du village de Galuwé, qui fait là son baptême de l'air.
Sur les zones des camps 1 et 2, l'installation des campements individuels puis la construction de la structure couverte commune débutent dès les premiers héliportages. Joash et Brendan, deux Papous de Galuwé qui accompagnent l'équipe du camp 1, sont mis à contribution pour l'édification de la structure support sur poteaux, surmontée d'une faîtière. L'ensemble de la construction est recouvert d'une grande bâche transparente de 12 m par 8 m prévue pour favoriser l'écoulement des eaux de pluie vers des points de collecte. Il en est de même côté camp 2 avec Nervilles et Jack, deux autres Papous de Galuwé venus en appui sur ce camp.

La surface au sol de chaque tente commune est d'environ 90 mètres carrés. Peu à peu, toutes les commodités nécessaires au stockage des vivres et propres à une vie en communauté vont être installées sous ces abris collectifs. On trouve ainsi un coin cuisine, une grande table pour prendre les repas, un coin laboratoire scientifique et un espace informatique pour les ordinateurs, la radio, la téléphonie et la recharge de tous les équipements électriques. Afin d'être au mieux préservée, toute la nourriture est aussi urgemment triée dans de grands sacs d'engrais étiquetés suspendus sur les sablières latérales, avec d'un côté une réserve de vivres prévue pour le mois de février, d'un autre côté, les vivres ouverts à la consommation.

Bien qu'il ne pleuve pas encore, priorité est aussi donnée à l'anticipation de la collecte des eaux de pluie, avec l'installation de récipients répartis le long des gouttières de la bâche du toit. Nous ne disposons dans chaque camp que de 300 litres d'eau héliportés qui vont naturellement bien vite être consommés par leurs 12 ou 15 occupants.
Enfin chaque membre trouve quelques précieuses minutes sur ces premières journées pour aménager ou parfaire son coin couchette, en tente ou en hamac suivant les préférences.
Dans chaque camp, des premières équipes sont constituées avec deux priorités : la recherche de ressources en eau afin de sécuriser au mieux les réserves en cas de prolongement de la période de sécheresse maintenant installée depuis plus de 5 jours et l'ouverture de chemins de prospection ou de cheminement vers des objectifs pré-déterminés. Côté camp 1 ce sont Franck, Didier et Natalia qui ouvrent la marche avec une reconnaissance vers le canyon sec de Poi, qui leur permet d'atteindre sa bordure sans toutefois pouvoir atteindre son lit à cause de falaises de plus de 20 m de hauteur. Au camp 2, ce sont Nicolas et Elven qui partent en ouvreurs. Leur sortie s'avère payante avec la découverte d'une source fiable à moins d'une heure de leur campement.
Au camp 1, Pita et Jerrica du Binatang Reacher Center de Madang accompagnés de Romain du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris ne perdent pas une minute de leur temps. Dès le 28 au soir, un premier filet à chauve-souris est déjà installé et de premiers relevés ou prélèvements de faune sont réalisés, dont certains en nocturne. Une première chauve-souris est capturée, à la plus grande satisfaction de Pita et Romain qui voient ici un lieu prometteur et riche de diversité. Au camp 2, Elven est également à la manœuvre. Les premières collectes montrent de toutes évidence une forte présence de crapauds, de serpents, d'araignées, de scorpions et d'insectes de tous ordres et de toutes dimensions... Mieux vaut ici garder sa moustiquaire de hamac bien fermée !
Côté camp 2, une équipe part en reconnaissance vers ce qui est dorénavant baptisé « l'oeil de Mayang », un objectif qui, d'après les photographies satellites, semble être soit une profonde marmite de géant de plus de 20 m de diamètre parfois pleine, parfois vide, soit peut-être une perte majeure et potentiellement un point d'entrée vers le réseau souterrain de la rivière de Mayang. Lionel et Sylvain approchent à moins de 500 m de l'objectif, affaire à suivre.

Pendant ce temps, une autre équipe constituée de Nicolas, Julien, Mehdi et Jack a descendu une partie du canyon faisant front au camp 2 avec un arrêt au sommet d'une cascade de 30 m.

Au camp 1, Michel, Joash et Bernard partent à l'aube en direction de l'ouest. Leur but est de contourner les falaises qui ont bloqué la veille l'équipe de Franck afin de rejoindre le fond de la Poi. Au bout d'une heure trente l'affaire est gagnée et le fond du canyon est atteint. Ils peuvent alors parcourir près d'un kilomètre cinq en fond de cours d'eau avant de devoir stopper devant une falaise d'une dizaine de mètres infranchissable sans équipements appropriés. Il faudra revenir.
Objectif Plateau et canyon pour le camp 2, et objectif «Plein d'eau» et Mayang pour le camp 1
Ce vendredi au camp 2, deux équipes sont au départ. La première se dirige vers le haut plateau situé au-dessus du camp, en direction d'une dépression majeure repérée sur la carte la veille. Katia, Laurent, Jean Marc, Elven et Julien sont de la partie sur l'ouverture de ce cheminement. Manque de chance, au bout de deux heures de taille, la dépression est bien atteinte, mais il s'agit d'une doline borgne, sans réel intérêt.
La seconde équipe, constituée de Sylvain, Lionel et Nicolas, retourne dans le canyon exploré la veille. Et cette fois-ci, l'effort est récompensé après la descente de deux cascades dont une de trente mètres. Ils découvrent une grotte, au pied même de la dernière verticale. Il s'agit de la toute première cavité de type exsurgence pour l'expédition Objectif Mayang 2026. Certes, pour l'instant, elle reste de taille et de volume modestes, mais elle offre après une galerie fortement concrétionnée, l'accès à la base d'une verticale présentant en hauteur une ouverture, à près de 5 à 6 m, vers un réseau remontant... ça continue !
Au camp 2, un événement inattendu a aussi bouleversé la nuit de l'équipe résidente : la chute d'un très gros arbre entre deux bivouacs individuels. D'importants déménagements de campements sont donc en cours. Plus de peur que de mal... moindre mal !
Au camp 1, l'urgence est ailleurs : la collecte d'eau devient prioritaire. Il ne reste en effet qu'une quarantaine de litres sur le camp, soit au mieux 24 heures de survie en mode restriction pour les quinze personnes présentes.

Deux équipes se mettent donc en route :
Après deux heures d'une descente intensive et plus de 600 m de dénivelé négatif parcourus, le fond de la Galuwé est atteint à environ 300 m en amont de la confluence des eaux de Mayang. L'endroit est magnifique : la puissance des eaux de Mayang s'écrasant dans la Galuwé est tout simplement époustouflante.
Après un bain de rigueur, 40 litres d'eau sont chargés. L'équipe prend ensuite la direction de l'exsurgence des eaux de Mayang, située environ 70 m au-dessus de la Galuwé. Le cheminement est particulièrement compliqué en raison des nombreuses falaises qu'il faut contourner.
Au bout d'une heure d'effort, l'objectif est atteint : l'équipe se tient enfin à l'exutoire de Mayang : une sortie d'eau sous pression, jaillissant entre deux strates, déversant plus de dix mètres cubes par seconde. Sacré Mayang... rien de pénétrable, c'est clair... mais quelle féerie !
L'heure tourne. Il est 15 h quand Bernard sonne l'heure du retour. Vers 18 h, l'équipe rejoint enfin le camp 1.
Une belle journée, avec plus de 100 litres d'eau ramenés au total sur le camp, dorénavant sauvé de la pénurie...
Mais tout de même avec un pincement au cœur : malgré tous les kilomètres parcourus, aucune véritable entrée de cavité n'a encore été découverte.